Bon, c'est en train de devenir une habitude et ça ne va pas pouvoir durer. Quoique... Au deuxième article, je ne crois pas qu'on puisse parler d'habitude et après tout, faire de mon blog une critique des livres que je lis pourrait être sympa. Mais bref !


La dernière fois que j'ai posté ici, c'était pour parler du livre d'Agnès Ledig, Juste avant le bonheur. Aujourd'hui, c'est un sujet moins lourd qui m'occupe : le dernier tome de la saga, la suite de la suite, celle qu'on attendait depuis 9 ans, Harry Potter et l'enfant maudit.


Je n'étais pas super emballée par ce livre. D'une part parce que j'ai été plus que déçue par l'épilogue du tome 7, que j'ai trouvé très surfait, absolument pas logique et beaucoup trop dans l'esprit happy end. D'autre part, parce qu'il ne s'agit pas d'un roman cette fois, mais d'une pièce de théâtre. J'aime beaucoup le théâtre, mais je préfère le voir que le lire...
Toutefois, je ne pouvais pas me permettre, en tant que fan issue de la génération Harry Potter, de passer à côté de cet ultime tome.


Je dois avouer que la magie Harry Potter opère toujours en moi ! Et sincèrement, ça fait du bien de le retrouver ! J'ai grandi avec lui, ayant lu les quatre premiers tomes quand j'avais environ 14 ans, puis le 5 dans la foulée, le 6 à 17 ans pour terminer avec le 7 quand j'approchais la vingtaine. Autant dire que j'ai partagé beaucoup de ses préoccupations, ayant été adolescente un peu en même temps que lui (mais ouf, je n'avais pas de Voldemort à combattre, moi !).


J'avais profondément regretté l'épilogue du tome 7 qui ne laissait plus aucune place à l'imagination du lecteur. De plus, les prénoms donnés aux enfants de Harry et Ginny me perturbaient franchement. Qui ? Sérieusement, qui, quel parent a l'idée saugrenue de refiler en héritage les prénoms de ses parents morts dans des conditions atroces ? Qui a l'idée de filer à son fils les prénoms de deux directeurs d'école avec lesquels il a entretenu des relations bancales ?! A un moment donné, même si je comprends la volonté d'hommage, je pense qu'il est bon que les enfants aient leur propre prénom afin de pouvoir être eux-même et écrire leur propre histoire. Rien n'empêche de donner en second prénom ceux de nos proches. L'on dira que c'est un point de détail, mais je crois vraiment que les prénoms ont un pouvoir énorme sur les gens ! Et vivre toute sa vie avec un prénom-hommage, c'est, il me semble, extrêmement lourd à porter.

 

 

ATTENTION SPOILERS !!!

[A partir de là, je préfère prévenir le lecteur imprudent, je vais parler du contenu du livre Harry Potter et l'enfant maudit, il y aura donc des révélations importantes. Ami lecteur fan de Harry Potter, si tu ne veux pas gâcher ta surprise et si tu n'as pas encore lu le livre, je te conseille de faire immédiatement demi-tour ! ;) ]


Manque de bol, Harry Potter et l'enfant maudit commence par ce même épilogue. J'ai soupiré en lisant les premières lignes. Faire de cet épilogue un livre entier, voilà qui me paraissait être la pire idée dans la longue liste de mauvaises idées de ce monde. Alors, le début m'a agacée, mais je suis rentrée dans le livre parce que je retrouvais mes personnages tant aimés, je les voyais dans leur vie, j'étais heureuse qu'ils aient si bien réussi, même si encore une fois, je les trouvais un brin surfaits.


Et puis au final, je me suis laissée prendre. Exactement comme lorsque j'étais adolescente, j'ai tourné les pages plus vite que je ne l'aurais cru, je me suis laissée embarquer dans l'histoire avec plaisir. Le plaisir de découvrir qu'Albus Potter va à Serpentard, le plaisir de découvrir que Scorpius Malefoy n'est pas un être mauvais, le plaisir de casser un peu les idées reçues concernant les maisons, les gentils et les méchants... L'intrigue est intéressante et bien menée. Albus et sa relation difficile avec son père, Albus qui a du mal à trouver sa place, lui qui est le fils de et qui doit porter ces noms si lourds. Albus qui n'a rien choisi, un peu comme son père, et qui se révolte en voulant au moins choisir une chose pour une fois dans sa vie. Intéressant quand je vois le nombre de fois où j'aurais aimé secouer Harry par les épaules pour le réveiller un peu !


L'idée d'aller sauver Cédric, l'idée qu'en interférant dans de ridicules petits évènements, on peut changer véritablement la face du monde, est très intéressante et me parle beaucoup. Combien de lecteurs se sont refait le passage horrible où Cédric se fait tuer, se disant qu'à un cheveu près, il aurait pu être sauvé... C'est plutôt bien amené, même si les jeux de temps m'agacent toujours un peu. Je pourrais sans doute écrire un article là-dessus un jour. Puis finalement, ils parviennent à leurs fins : ils humilient Cédric afin de le dissuader de continuer le Tournoi. Cédric ne gagne pas, il ne meurt pas, mais rongé par l'amertume, il se transforme en... Mangemort ! Argh ! Les fans du beau Cédric vont crier au scandale ! Et nous revoilà dans un présent totalement différent. Cédric a tué un sorcier à priori insignifiant : Neville Londubat. Sauf que tout ceux qui ont lu Harry Potter et les Reliques de la mort savent très bien à quel point Neville est capital. A quel point sous ses airs de lourdaud, Neville dissimule un courage hors norme et une pureté d'intention qui lui permettront de se saisir de l'épée de Gryffondor et de tuer Nagini, dernier dépositaire des fragments d'âme de Voldemort. Sans Neville, pas d'épée. Sans épée, Nagini reste vivant et sans la mort du serpent, Voldemort ne peut être tué par Harry.


Harry se fait donc tuer à l'âge de 17 ans, Ron et Hermione condamnés à l'exil et Ombrage de retour à la tête de Poudlard... Brrrr... Charmant. Ce passage reste intéressant. Même après la mort de Dumbledore, l'échec de sa stratégie, la mort de Harry, on s'aperçoit que Severus Rogue reste foncièrement du bon côté de l'histoire. Voilà qui va rassurer les fans de notre maître de potions détesté ! C'est là qu'on entend parler pour la première fois de l'Augurey. Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?! Pour ceux qui ont lu Les animaux fantastiques, et qui se souviennent des innombrables animaux extravagants qui y sont répertoriés (à part les acromentules et les centaures, s'entend !), on y apprend que l'Augurey, ou Phénix Irlandais, est un oiseau lugubre, ressemblant à un vautour sous-alimenté et poussant des plaintes tristes quand le temps est à la pluie. Alors là... On était resté sur l'idée du serpent pour Voldemort, avec Nagini et son aptitude à parler le Fourchelang, qu'est-ce qu'un volatile vient faire dans cette histoire ?!


C'est à la fin qu'on le découvre. La prétendue nièce d'Amos Diggory, le père de Cédric, qui voulait aider Albus et Scorpius dans leur entreprise se révèle être... ce qu'on craint le plus : la fille, la propre fille de Voldemort. Et elle a pris comme symbole l'Augurey. Très bien pensé, cela dit. Un phénix, ça renaît de ses cendres et l'Augurey a longtemps été considéré comme un oiseau de mauvaise augure, annonçant leur mort prochaine à tout ceux qui entendaient sa plainte. Cela va plutôt bien à cette héritière du Mal...
Et là, aïe !
Oui, aïe !


Il y a plusieurs choses qui m'ont déplu. Même s'il est assez excitant d'imaginer que Voldemort ait pu pondre des petits héritiers à la puissance maléfique et démoniaque, je crois malheureusement qu'envisager cette voie ne dénature totalement l'ensemble du personnage de Voldemort. Car la personnalité de Voldemort est complexe et repose sur beaucoup de choses bien particulières.


Nous apprenons dans le livre que Delphi est la fille de Voldemort et Bellatrix Lestrange. Pour le coup, ça semble logique. Et pourtant... Rappelons que Voldemort n'a jamais éprouvé le moindre sentiment amoureux ni affectif. Rappelons qu'il ignore tout de ces sentiments-là, et c'est même là-dessus qu'est basé la différence entre Harry et Voldemort conduisant le jeune garçon à la victoire finale. La thèse d'un amour entre Voldemort et Bellatrix est donc à exclure. Voldemort n'a sans doute jamais considéré Bellatrix comme autre chose qu'un gentil petit toutou bien loyal.


Alors vous me direz : il n'y a pas besoin d'amour pour concevoir un bébé, n'est-ce-pas ? Il l'a peut-être fait sciemment, en choisissant la meilleure jument pour porter son héritier et démarrer ainsi une dynastie du Mal... Pourquoi pas ? Mais là encore, il me semble que c'est ignorer à quel point Voldemort est singulier. Dans le tome 6, on s'en rend très bien compte : il n'aime pas être comme les autres. Il aime être unique et que personne ne lui ressemble. En ce sens, il me semble totalement inconcevable qu'il ait pu faire un enfant volontairement. Concevoir quelqu'un qui lui ressemblerait, à qui transmettre quelque chose, lui qui a toujours tout jalousement gardé pour lui (cf sa petite boîte de trésors volés lorsqu'il est encore dans l'orphelinat Moldu), concervoir quelqu'un qui deviendrait un jour peut-être son égal, voire qui dépasserait son pouvoir... Voilà qui semble totalement imcompatible avec la construction psychique de cette créature. Au-delà de ça, il y a son propre conflit jamais résolu avec ses parents. Il a renoncé à aimer sa mère qu'il préfère considérer comme une Cracmol, elle qui a eu la faiblesse de mourir, et il hait son père, le Moldu qui a brisé le coeur de sa mère, qu'il rend responsable de tous ses maux. On le voit mal endosser sciemment le rôle de père à son tour. De plus, engendrer pour perdurer ne semble pas être une préoccupation plausible étant donné que Voldemort a toujours eu à coeur de vaincre la mort afin d'être immortel. Il ne saurait se contenter d'une transmission de sang. Il veut vaincre la faiblesse de mourir !


Serait-ce envisageable, alors, que sans amour et sans volonté d'avoir un enfant, il ait eu des relations avec Bellatrix Lestrange afin d'assouvir ses besoins d'homme ? Là encore, ça me semble trop éloigné de l'esprit de la créature. Car, avant toute chose, Voldemort refuse d'être un homme. Il refuse d'avoir les mêmes désirs, les mêmes rêves, les mêmes buts que les hommes. Il méprise leurs faiblesses, et la chair en est une... Il me semble donc improbable que ce fut aussi simple. Un bête accident de contraception alors qu'il saute Bellatrix Lestrange entre deux combats...? Un peu fade, hein ! Et surtout, beaucoup trop... humain ! Et oui ! En envisageant le simple fait que Voldemort ait pu concevoir un enfant, on le ramène de Seigneur des Ténèbres à homme dans son plus grand dénuement. Un homme avec un sexe, avec un désir sexuel, avec une semence suffisamment normale pour rencontrer un ovule féminin et créer un enfant. Nan, hein !


Mais peut-être, alors, que Bellatrix Lestrange a jeté un sort à Voldemort pour le faire tomber amoureux, ou lui a fait boire un filtre d'amour. Idée intéressante quoique peu réaliste. Nous savons que Voldemort est particulièrement doué en légilimancie et il aurait fallu que Bellatrix le surpasse en occlumancie. Peu probable... Il aurait donc deviné aisément les intentions de son toutou, toujours aussi fébrile et incapable de se contrôler lorsqu'elle se trouve en présence de son idole.


Nous arrivons à la dernière possibilité. Dans le livre Harry Potter et l'enfant maudit, Delphi semble être encore bien jeune. De fait, elle n'a pu être conçue durant le premier règne de Voldemort, sinon, elle serait plus âgée ou de même âge que Harry et ses amis. Là, elle semble n'avoir qu'environ vingt-cinq/trente ans. Pour que ce soit jouable, il aurait fallu qu'elle soit conçue durant les trois années qui ont constitué le retour de Voldemort, depuis la fin de la Coupe de Feu (tome 4) jusqu'à la fin des Reliques de la mort (tome 7). Est-ce que Voldemort aurait été échaudé par son premier échec d'immortalité ? Lui qui avait toute confiance en ses horcruxes et en son pouvoir, se serait-il dit qu'il était toujours temps d'envisager une autre façon de perdurer et de dominer le monde ? Cela me semble encore une fois assez peu probable. Voldemort, et c'est sa faiblesse, était trop sûr de lui. Beaucoup trop. Il n'a jamais envisagé la défaite, raison pour laquelle il a perdu le combat...


Pour toutes ces raisons, l'existence même de Delphi constitue une rature dans l'oeuvre de Harry Potter. A l'image de l'épilogue d'il y a neuf ans... Et ça ne s'arrange pas quand on voit la fin du livre. Delphi se laisse vaincre très facilement et se rend pitoyable en voulant finalement "simplement connaître son père", puis en suppliant Harry de lui "ôter tout souvenir d'avoir été sa fille". On aurait presque pitié d'elle. Il est évident qu'être le fils d'Harry Potter ne doit pas être évident, mais être l'enfant de Voldemort... Toutefois, personnellement, j'aurais vraiment aimé que l'enfant de Voldemort soit un vrai méchant ! Une vraie méchante en l'occurrence et l'idée que ce fut une fille était fort bien choisi. Dommage que ça se termine si vite et de manière si... faiblarde.


J'aimerais conclure en parlant de James et Lily Potter. Non, pas les parents de Harry -- bien qu'on revoie encore leur mort à la fin du livre, ce qui devient un brin redondant -- mais bien les enfants de Harry et Ginny. J'aimerais en parler parce que le livre, lui, n'en parle pas. Et sincèrement, ils manquent dans le paysage. Il n'est clairement pas aisé d'écrire avec la même intensité sur tous les personnages et il est normal d'avoir moins à dire d'enfants qui ne cherchent pas spécialement l'aventure. Mais de là à ne rien dire ? De là à les faire apparaître sur deux lignes...? Albus est le digne héritier des aventures Potter. James et Lily, comme dans les 7 premiers tomes, sont inexistants. C'est, il faut croire, leur malédiction...  

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