Prise dans le tourbillon de la vie, j'en oublie parfois ta mort. Je te cherche en vain dans un destin qui t'a oubliée sur le bord du chemin. Je me souviens de ta vie si fort, si fort que je crois pouvoir repousser ta mort. Alors, j'ouvre les yeux et je me rends compte qu'il n'y a plus rien que des souvenirs. Tu meurs à nouveau. C'est si violent. Si violent parce que tellement incompréhensible. Que je puisse encore vouloir si fort un dernier câlin avec toi six ans après ton trépas... Que je puisse vouloir si fort une dernière tétée, un dernier bisou, une dernière chance de pouvoir simplement te dire au revoir. Ou peut-être réussir à te garder pour moi et à te dérober à cette putain de maladie.


Il y a des bougies qui brillent, mais ne t'y méprends pas, ce n'est pas le feu qui les anime, non, c'est ton âme qui les guide. Elles brillent plus fort que tout parce que tu avais l'âme pure de l'ange immaculé. Tu étais un espoir, un avenir, une vie en devenir. Tu es morte comme un bouton de fleur emporté dans un pâle matin de printemps malmené par un hiver tenace. Tu es morte avant qu'on ne puisse admirer ta fleur, avant que tu puisses seulement t'épanouir au monde.


Je n'ai pas le temps de m'arrêter, la vie m'emporte comme une rivière furieuse, slalomant entre les roches abruptes du malheur et de la douleur. J'ai fait le choix de croire en elle. D'avoir confiance. Alors qu'elle m'a si cruellement trahie. D'où peut me venir cette flamme si ce n'est de toi ? Comme autrefois, la vie m'a attrapée par la main et m'a murmuré « Non, tu ne mourras pas encore ». J'ai pleuré ce chemin-là, puis j'ai souris devant le visage de deux enfants qui m'ont été offertes comme des roses en hiver. Elles ont percé la neige de mon âme meurtrie et ont rassemblé à elles deux les morceaux de notre famille violentée.


Il pèse sur elles un poids qui nous dépasse tous, mais qui peut se transformer en un lien indestructible. Je m'emploie à les aimer aussi fort que je t'ai pleurée. Je m'emploie à rassembler ma famille autour d'une vie que nous chérissons. Sur un chemin de Confiance en un avenir guidé par une étoile inextinguible. Car tu es là. Et nous le savons tous.


Parfois, je croise ces gens qui observent ta tombe d'un oeil réprobateur. Non ensevelie sous un marbre froid et lourd duquel ta petite âme serait prisonnière. Tu es libre de parcourir la terre. Ta tombe est vivante comme le sont les saisons qui la survolent. J'ai envie de leur dire que je n'ai pas le temps. Je dois vivre, je te l'ai promis. Quand la vie me laissera un peu de répit, je m'occuperai peut-être un peu de la mort. Mais pour l'heure, c'est toi qui vis à travers moi, à travers nous. A travers ta soeur qui veut sentir les fleurs, à travers tes frères qui discutent jeux vidéo, à travers ton père qui souffre dans son éternel silence, à travers moi qui allume les flammes de ton âme. A travers nous tous qui portons ton souvenir et parlons de ta vie pour que personne ne l'oublie. Qui prononçons ton prénom comme une légende à laquelle on veut croire. Marie...


Pardon, je n'ai pas le temps de m'occuper de la mort quand je suis si bien appelée par la vie.

 

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