Comme une envie d'écrire...

04 mai 2016

Quand la mort n'a pas le dernier mot

Juste avant le bonheur, d'Agnès Ledig.


Pourquoi ce livre m'a mise en colère.

Pourquoi ce livre m'a fait du bien.

Pourquoi je regrette qu'on n'en parle pas plus...

J'ai entamé ce bouquin après avoir lu, et avoir apprécié de manière très très ambigüe, le dernier livre d'Agnès Ledig : On regrettera plus tard. Je crois que je pourrais écrire un truc là-dessus aussi car j'ai adoré l'histoire, mais j'ai tellement regretté ce "retour à la vie normale" qui s'engage à la fin. Comme si la marginalité était anormale...

Bref !

Revenons à Juste avant le bonheur.
Je pensais lire une histoire "classique" de rencontres peu banales entre personnes éprouvées à leur manière par la vie, car je sais que c'est le style de l'auteur. Je tombe alors sur Julie, vingt ans, faisant un boulot de merde pour pouvoir élever son fils de trois ans. On démarre donc avec une jeune femme ayant eu un bébé à dix-sept ans, de père inconnu puisque conséquence d'une soirée trop arrosée, ayant arrêté ses études et étant obligée de se dépatouiller dans un boulot merdique, avec un supérieur pervers, pour subister.

Aïe ! Ça commence mal !

Paradoxalement, je ne parviens pas à accepter ces clichés-là. Sans doute parce qu'au-delà de ma propre histoire, et de celle de mon fils, que j'ai eu à l'âge de seize ans (sans avoir bu d'alcool et avec un homme qui a assumé jusqu'au bout et assume encore à mes côtés !), il y a l'histoire de toutes ces jeunes femmes qu'on juge, qu'on rabaisse, qu'on stigmatise et, finalement, à qui on laisse peu, si peu d'opportunités d'avoir quelque légitimité face à leur maternité un peu différente. On part tellement du principe que ce genre de chose fait partie des erreurs de jeunesse à éviter...

Mais passons.

Il y a cette rencontre avec un homme d'une cinquantaine d'années, Paul, qui a tout de suite l'air si sympathique qu'on s'y attache. La rapidité avec laquelles les deux protagonistes tissent des liens m'a parue un peu surfaite. Mais qu'importe. On dirait un conte de fée. Un voyage en Bretagne avec Paul, une rencontre avec son fils qui vit un deuil difficile et surtout, la beauté d'un sourire d'enfant face à l'immensité de l'océan. Que demander de plus ?

En fait, rien. Juste ne pas croiser la route d'un destin trop assassin.

Et voilà qu'au retour de ces vacances, l'accident, l'imprévisible, l'impensable. Le truc vraiment con. Le truc qu'on ne peut ni prévoir, ni éviter. Le truc, même, qu'on oublie si facilement quand on prend la route... C'est là que je me suis mise en colère.

Je me retrouvais propulsée en réanimation pédiatrique, dans un contexte difficile de blessures, de séquelles, d'opération, de coma et d'incertitude pour le petit garçon de trois ans qui était bien le seul dans toute cette histoire à se laisser porter par la vie sans aucune résistance. Il y a cette colère incroyable. L'envie de dire : "Hé, ça va quoi ! Si j'avais eu envie de lire un bouquin sur la réanimation pédiatrique et la mort d'un enfant, je l'aurais choisi en conséquence ! Rien dans l'intitulé, ni dans le résumé du livre ne laissait présager ÇA !! Je me sens trompée, trahie. Je n'ai pas envie de lire ça ! Je n'ai pas envie de (re)plonger là-dedans, mais alors pas du tout ! Et puis, si c'est pour nous faire le coup du gamin dans le coma pendant deux semaines, qui se réveille et tout le monde va bien, tout le monde est heureux, j'en ai encore moins envie."

Sauf que ce n'est pas un livre qui raconte ce genre de happy end. C'est un livre qui raconte comment on peut envisager une happy end en dépit de toutes les plus terribles fins qui soient. Quand le petit garçon est mort, j'ai enfin compris.

Ma colère venait de ce que ce roman n'en est pas vraiment un. Ce roman, c'est LA vie. Celle qui commence bien, ou mal, celle qu'on construit comme on peut, celle qui avance bon gré mal gré, celle qui a des projets, qui part en vacances, qui veut voir grandir les gosses... Celle, finalement, qui pense que le pire qui puisse arriver, c'est de se retrouver dans les embouteillages de ce long week-end de l'Ascension...

Mais en fait, parfois, la vie se résume à un gros boum et à un cœur qui s'arrête de battre.

Ce n'est jamais justifié. Ce n'est jamais prévisible. Ça ne tombe jamais bien. On se demande toujours pourquoi. On se dit que c'est vraiment n'importe quoi ! Et on a envie d'écrire à l'auteur que, vraiment, il aurait pu écrire autre chose, bordel ! Sauf qu'il n'y a pas d'auteur dans la vraie vie... Et qu'être en colère ne refait pas battre un cœur...

Après la mort, il y a le deuil.

Je ne me suis pas vraiment reconnue dans tout ce qui a été écrit. Mais tout de même... Il y a plein de choses qui me sont revenues en mémoire, comme des réminiscences puissantes de mon "année blanche" après la mort de ma fille. Cette putain d'année où je crois que la mort planait encore, pas trop loin de moi, comme me tendant la main gentiment. Cette putain d'année où j'ai lutté, lutté et lutté encore pour lui dire merde, tu m'auras pas ! Cette putain d'année où mes fils m'ont tirée des sables mouvants avec leurs petits sourires, leurs petits bras, et leurs grands cœurs. Et où, avec mon mari, nous avons tenté de reconstruire un peu ce qui s'était effondré.

Dans cette seconde partie, l'auteur parle de cette brisure, de cette blessure innommable qu'est la perte d'un enfant, mais que personne ne peut voir de l'extérieur. On a perdu une partie de nous-même, on est comme des amputés, sauf que ça ne se voit pas. Et parfois, c'est difficile de faire face aux gens qui ne savent pas, face à leurs remarques maladroites, face à leur naïveté qu'on leur envie malgré nous, face à leurs exigences parfois bien trop vastes...

Et puis, il y a l'espoir. L'auteur nous parle de cette autorisation à la vie. Et c'est bon. Oui, on peut perdre son enfant et se remettre debout. Oui, on peut perdre son enfant et sourire à nouveau. Avoir des projets, revivre, et même, oui même... être heureux ! Et en fait, c'est quelque chose de si peu évident, que ça fait vraiment du bien de le lire ! La philosophie de cette douleur douce-amère qui nous accompagne partout en même temps que les souvenirs et la rage de vivre, c'est celle qui m'a accompagnée et m'accompagne encore depuis cinq ans qu'elle n'est plus là. Et je suis tellement heureuse d'avoir lu quelque chose qui ressemble enfin vraiment à ce qu'on vit dans la réalité. Cette facilité révoltante avec laquelle la mort s'invite dans la vie. Cette soudaineté... Ces moments où l'on se dit : "si j'étais partie plus tôt, plus tard, si je n'étais pas partie du tout, si j'avais fait ci ou ça..."

Et puis bon... comme il s'agit d'un roman, il y a aussi ces petits messages gentillets mais ô combiens indispensables : quand Julie reçoit de Paul un chèque de 5000€ pour pouvoir faire une jolie tombe à son fils... Pour mon cœur de maman qui n'a pas les moyens de payer une stèle à 2500€ à sa petite fille, ça sonne vraiment, vraiment comme un conte de fée...

Ce livre mériterait vraiment d'être plus connu, lu, et partagé. Car il permettrait peut-être enfin de rapprocher un peu les heureux naïfs des mutilés anonymes...

 

DSCI0006

Posté par Marie_Nadezda à 14:33 - Commentaires [4] - Permalien [#]


18 avril 2016

L'originalité du déjà-vu

Il me semble n'y avoir que des remakes dans la vie... Des choses déjà traversées, du déjà-vu, des déjà-publiés, des déjà-écrits, des déjà-inventés, des déjà-filmés, déjà-tournés, ... Des suites, des trilogies, des séries.

Un enfant qui meurt il y a 1500 ans, un enfant qui meurt aujourd'hui... Les causes ne sont peut-être pas les mêmes, mais le résultat, si.

Des gens qui s'aiment et se séparent. Des destins contraires. Des obligations, des pressions familiales ou sociales. Des droits et des devoirs.

Le même soleil ne se lève-t-il pas sur la même Terre depuis des milliards d'années, après tout ? Que pouvons-nous donc inventer que la nature n'ait pas déjà pensé ?

Est-ce au détour de ces bis repetita que se construisent les meilleures histoires, ou au contraire, n'est-ce pas la profusions de vies qui étouffent le déjà-vu, le réduisant à une vaste boucle continuelle, intemporelle, infranchissable...?

Parfois, je me demande par quel foutu miracle, chaque nouvel être qui naît sur cette pauvre planète se débrouille pour être totalement unique. En faut-il de la diversité à nos gènes fatigués, à nos gènes dépassés et maudits par des peuples détruisant leur propre nature... Et je me demande ce que telle ou telle création peut avoir d'original dans le déjà-vu... Peut-être, d'ailleurs, que le déjà-vu nous attire suffisamment pour qu'on se fiche de savoir qu'il existe. Il est rassurant. Un peu comme une odeur familière, un bout de route qu'on connaît par cœur et qu'on peut parcourir sans réfléchir.

Peut-être n'est-on pas fait pour l'extraordinaire.

La création serait alors une vaste illusion. La plus belle des supercherie de l'humanité. La réinvention continuelle de la nouveauté, pour oublier qu'on connaît déjà tout, qu'on sait déjà tout et que rien ne peut vraiment être nouveau. Pour oublier que nos découvertes, nous les piétinons au nom de l'argent, pour oublier que nos cœurs, nous les fermons au nom de la peur, pour oublier que nos talents, nous les étouffons au nom de la médiocrité accessible.

L'enfant, pour se construire, agit par mimétisme. Qu'en est-il de l'adulte qui va faire ces courses là où tout le monde va ? De celui qui rêve de la voiture de son voisin ou de la maison de son père ? De celui qui prend son pied à dire à longueur de temps "moi aussi"...? Quelle place fait-on au neuf, à l'inhabituel, à l'imprévu, à l'extra en tout genre, à l'inconnu avec un I majuscule ? Combien se sentent attirés par ces chemins-là, mais ne les prennent pas par peur des conséquences sociales...?

Ça a même un nom : la marginalité. Et de nos jours, être marginal, cela sonne comme une insulte. Alors que ça devrait sans doute être le plus beau des compliments. Car inventer, inventer vraiment, ce n'est sans doute pas donné à tout le monde !

Je regarde la lune. La même depuis des milliards d'années. Je ne sais pas si nous y sommes vraiment allés et à la limite, je m'en contrefiche. Que le premier pas ait réellement été fait ou non, ce qui compte, c'est que suffisamment de gens y croient. De fait, y retourner, même si c'est la première fois qu'on y va, serait une sorte de remake, non ?

D'ailleurs, il est étonnant de constater que chaque nouvel être qui naît sur cette terre est unique, et pourtant résolument semblable aux autres êtres de son espèce. Y aurait-il donc de l'original dans le déjà-vu ? Ou alors est-ce que le déjà-vu est nécessaire à l'original ? Car après tout, si nous étions tous totalement dissemblables, comment pourrions-nous seulement nous reconnaître et vivre ensemble ? Peut-être que le déjà-vu est la clef de voûte de notre société, de notre cohésion. L'original la menacerait alors... Le déjà-vu la resouderait...

Qu'importe en vérité. Créer un nouvel être humain, c'est lui donner un cœur qui bat, un cerveau qui fonctionne, deux jolis yeux et une bouche pour sourire, de belles dents pour croquer la vie, et ainsi de suite. Son originalité lui appartient. Peut-être que l'acte de création obéit à la même loi. Tout est semblable, tout est lié, tout est un peu "déjà-vu". Mais peut-être que chaque création a son lot d'"original" et qu'il lui appartient de l'exposer... ou non.

Ça fait quand même un drôle d'effet... quand on rencontre une sœur du destin... Je suis comme un remake de sa vie et je crains de ne pas être à la hauteur. Cette ressemblance nous lie et m'étouffe. Notre originalité propre nous divise et, dans un sens, me libère.

Et si l'originalité, c'était la liberté ?

 

Posté par Marie_Nadezda à 22:42 - Commentaires [1] - Permalien [#]

17 janvier 2016

Lettre à Marie...

Je te le dis ? Bonne année....
Dieu que je déteste ces mots !

Bonjour ma princesse. Bonjour ou bonsoir, ou bonne nuit... Je ne sais plus. Je suis fatiguée et le temps se mélange, se dissout... Je porte ta deuxième petite soeur dans mon dos. J'ai mal aux abducteurs à force de la bercer sur le ballon... J'ai mal aux trapèzes parce que j'ai mal installé mon flytai. Je suis fatiguée. Je pense à toi en ce moment. J'ai lu le blog d'une maman désenfantée qui, elle, n'a pas eu peur ou honte ou que sais-je et a publié les lettres écrites à son fils dans d'émouvants billets. Elle a beaucoup de retours. Je n'ai toujours rien fait pour toi. J'ai tenté pour mes personnages. Je n'ai eu que très très peu de retours. Je suis fatiguée. Je pense à toi car aujourd'hui, j'ai l'impression que ma plume est cassée. Qu'elle ne va nulle part. Que, comme toi, elle est née pour mourir. Peut-être ne l'ai-je pas encore dit, mais je suis fatiguée.

Pourquoi avancer ? C'était une question que je me suis posée après ta mort. Pourquoi avancer ? La réponse est toutefois vite venue. Il y avait tes frères. Ils venaient de perdre leur soeur, hors de question qu'ils perdent en plus leur maman. Ce que je n'avais pas réussi à faire pour toi - te protéger - je réussirai bien à le faire pour eux. Mais tu sais... avancer pour les autres, ça ne dure jamais qu'un temps.

Alors pour qui, pour quoi rester debout ?
Pour eux, pour elles...
Pour lui...
Pour mes parents qui me font toujours si mal
Pour la vie qui en vaut la peine
Pour le soleil qui se lève, pour la neige qui étouffe les pas et fait rire les enfants
Pour la pluie qui tombe sur le toit quand on dort
Pour le vent qui souffle
Pour l'été et ses vagues
Pour Noël et ses rires
Pour le nouvel an... comme je le hais
Pour ces gens qui me sont inconnus
Pour ceux que je rencontrerai
Pour mes fautes et mes erreurs
Pour mes plaisirs et mes joies...
Pour eux, pour elles
Pour lui...

Pour la promesse que je t'ai faite. Pour toi...

Et finalement, moi ?
Moi, je m'étais permis d'exister à travers ma plume. J'y ai mis tant de temps, de larmes, de coeur, de douleur... Tant de tout. Je n'avais jamais compris Werber qui voulait faire mourir son personnage après qu'il eût publier son premier roman. Maintenant, je le comprends. Je comprends à quel point écrire peut être douloureux. A quel point partager et ne récolter qu'indifférence peut faire souffrir. C'est étonnant. Je pensais vraiment que je préférerais qu'on se taise plutôt qu'on en dise du mal. Aujourd'hui, je crois que je préférerais vraiment qu'on me dise clairement de me la fermer ! Je crois vraiment que l'écriture est un talent maudit... Et tu sais... j'ai fait l'effort. Je suis allée à Paris, chez ta grand-mère. J'ai bu du champagne ce jour-là, j'ai souris, ce jour-là, j'ai dis "bonne année" ce jour-là... Et au moment des résolutions, j'ai dit "cette année, je serai publiée". Je pensais que ma mère réagirait. Rien... C'est ainsi... Je l'ai su le jour où ta tombe t'a engloutie : je suis destinée au néant.

Ils étaient ce que je ne pouvais être. Ils étaient un miroir. Ils m'ont accompagnée sur le chemin du deuil, ils m'ont permis de me découvrir, de m'affirmer... J'ai tant aimé les créer. J'aime encore en inventer de nouveaux, leur écrire des tas d'aventures. Mais j'ignore si j'aurais le cran de les partager. Et sans partage, j'ignore combien de temps je continuerai à écrire. Sans doute finirais-je par trouver un "vrai" travail... Car, n'est-ce pas, écrivain, ça n'a jamais été un "vrai" travail.

Oh ma puce...
L'autre jour, j'écoutais des chansons de Goldman... Comme j'aimerais avoir sa plume, ses mots si justes...
Reste l'absence, obstinément... il y a tant de mots que je n'ai compris qu'après. Ceux-là en particulier. Cette incroyable obstination de l'absence... Elle ne nous lâche plus depuis ta mort, chaque jour elle est là. C'est assez paradoxal, non ? Une absence présente... Et pourtant...

Sans drame, sans larme, pauvres et dérisoires armes... parce qu'il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur... moi qui m'étais toujours demandé pourquoi diable n'avais-je pas pleuré, hurlé, tapé du poing quand on m'a annoncé ta mort... La voilà la réponse. Ces armes là étaient tellement dérisoires. Le chaos était si violent, si vaste... insondable en vérité. Quelles larmes ? Quels cris auraient pu te ramener ? Aucun. Alors pourquoi pleurer, pourquoi hurler ?

J'écris de la même façon. Pendant cinq ans, cela m'a permis de te faire vivre, de t'aimer encore et toujours. A quel foutu moment ai-je eu tant envie de les partager ? Je pense qu'en fait, j'en avais envie depuis le début, mais je m'étais dit qu'on verrait ça plus tard, en temps et en heure. Je n'avais cependant pas envisagé les autres. Comme pour le deuil, la violence de l'indifférence me suffoque toujours autant. Mais si pour l'un j'ai appris à faire avec, pour l'autre... ah pour l'autre...

Bonjour, je m'appelle Elisabeth, écrivain raté, maman désenfantée, mère au foyer....

Posté par Marie_Nadezda à 19:00 - Commentaires [2] - Permalien [#]

22 décembre 2015

Allô le monde...

Pardonnez-moi pour le pathos de ce message... Il va falloir vous y faire parce que la fin d'année est très difficile pour moi et parce que cette année, le 31 décembre, ça fera cinq ans que je suis une maman désenfantée... Parce que c'est pas rien cinq ans. Cinq ans, c'est une demi-décennie... Parce que les bouquins disent que 70% des couples se séparent dans les cinq ans suivant la mort d'un enfant, et que notre couple a survécu dans la tempête. Alors, même si ça n'intéresse pas grand monde, pour nous, cinq ans, c'est un vrai cap.

Il n'y a pas si longtemps, quelqu'un m'a sorti un solide "le monde ne tourne pas autour de toi" lorsque j'ai parlé de ne pas fêter le nouvel an.

Je sais que le monde ne tourne pas autour de moi. Croyez-moi, je le sais. Je me souviens, quand j'étais ado, le nombre de fois où ma mère me sortait ça. "Elisabeth, le monde ne tourne pas autour de toi !" Je l'entends encore. Il faut croire que j'étais quelqu'un de très égocentrique. Et en fait... depuis le temps, j'ai connu la collectivité du foyer maternel, l'indifférence de la rue... Je pense que j'ai compris que mon nombril n'était pas le centre de l'univers.
Et puis, il y a cinq ans, il y a eu l'Epreuve avec un E majuscule. Le truc que je n'aurais jamais cru vivre. Le truc dont je n'aurais jamais cru que je pourrais me relever. Il y a cinq ans, j'ai perdu ma fille.

Là, définitivement, j'ai compris que le monde ne tournait pas autour de moi. Parce que ce jour-là, ma vie s'est arrêtée et le monde, lui, a continué de tourner. Si vite...

Et en fait, je ne demandais même pas que le monde s'arrête pour moi... ou pour elle... Je ne demandais même pas que chacun considère ma douleur et mon désespoir. On a tous conscience que là, là-bas, ailleurs, près ou lointain, des gens meurent et des familles pleurent. Mais on ne s'arrête pas pour ça. C'est normal. En revanche, je pense que j'aurais aimé un tout petit peu plus de compassion et de considération de la part des gens de ma famille. De la part des gens qui disent m'aimer...

Je pense que j'ai le droit de ne pas boire de champagne le jour anniversaire de la mort de ma fille. Même si concrètement, le pays entier est en fête. Je pense que j'ai le droit de demander à ce qu'on me fiche la paix ce jour-là. Je pense que les gens qui m'aiment devraient non seulement respecter ça, mais aussi trouver cela normal. Je pense qu'il est totalement malsain et contre-nature de faire la fête le jour anniversaire de la perte d'un proche. Je pense qu'il est incensé d'exiger cela de qui que ce soit. Et si je ne demande pas au "monde" de s'arrêter, je demande juste à ma famille de me respecter...

Et puisqu'aujourd'hui, j'ai été obligée de larver devant un con de médecin qui était le seul à prendre ma fille, malade, en urgence, j'ajouterais que j'ai aussi le droit de ne pas être prise de haut par un médecin qui ne me connait ni d'Eve ni d'Adam, simplement parce que je n'ai pas encore entamé la vaccination de ma cadette. Je pense que ces médecins devraient apprendre, eux aussi, que le monde ne tourne pas autour d'eux. Ils devraient apprendre l'humilité, l'échec, et l'erreur. Je pense, enfin, qu'ils n'ont le droit de donner de leçon à personne et encore moins à une maman qui a vu mourir sa fille au sein d'une médecine aussi impuissante qu'absurde.

Je pense que le monde ne tourne pas autour de moi. Mais je pense aussi que nous ne considérons pas assez le monde.

Cette année, je refuse de fêter le passage à la nouvelle année. Car il y a cinq ans, quand tout le monde se disait "bonne année" en s'embrassant, joyeux et un peu saoul, moi je pleurais la disparition de ma fille seule sur mon canapé. Ce jour-là, les médecins, psy, assistantes sociales, éducateurs, ceux qui ont toujours la manie de nous expliquer la vie, ce jour-là, ils n'étaient pas là pour me tenir la main, pour m'expliquer comment je pouvais survivre à cela. Ni comment l'annoncer à mes deux petits garçons qui attendaient avec impatience que leur soeur rentre de l'hôpital. Ce jour là, il n'y avait personne.

Finalement, il y a bien une chose pire que la mort. L'indifférence...

100_3847

Posté par Marie_Nadezda à 22:31 - Commentaires [2] - Permalien [#]

17 décembre 2015

L'éducation et l'instruction contre l'homophobie...

Parce que ce sujet me tient tout particulièrement à cœur et parce que je suis vraiment heureuse que cette campagne voie le jour...

Parce que de nos jours, on ne devrait pas avoir peur de ses sentiments

Parce que tout le monde a droit au bonheur quelle que soit son orientation sexuelle

Parce qu'il y a encore trop d'agressions et de moqueries liées à ça.

Parce que l'amour reste l'amour, qu'il soit hétéro ou homo...

 

12360234_1062841387094074_7875910029724002226_n

Pour voir l'intégralité de la campagne de sensibilisation, c'est par là.

 

Marie Nadézda

Posté par Marie_Nadezda à 19:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]


26 octobre 2015

Ces femmes qui refusent la péridurale...

Chers médecins anesthésistes réanimateurs et obstétriciens de France et de Navarre,

Je viens de lire votre article, publié sur le Monde.fr, dans lequel vous semblez vous questionner sur la signification du terme "violence obstétricale" que vous paraissez avoir du mal à mettre en relation avec l'analgésie péridurale si chère à votre cœur, et avec la (sur)médicalisation courramment pratiquée dans notre pays actuellement. Laissez-moi, si vous acceptez encore d'écouter une simple femme, vous expliquer ce que nous vivons quand nous nous trouvons de l'autre côté de l'aiguille la barrière.

Vous reprenez l'étude INSERM de 2010 qui dit que 87% de femmes sont désireuses d'avoir une péridurale. J'ai envie de vous demander quelles informations ont reçu ces femmes, dans quel cadre affirment-elles cela ? Est-ce parce que, comme j'ai pu le vivre et l'entendre, leur gynéco ou l'anesthésiste de l'hôpital, leur a affirmé que la péridurale ne présente aucun inconvénient, qu'il ne s'agit que d'une petite piqûre et qu'aujourd'hui, la péridurale marche à tous les coups ? Zappant par la-même les 25% d'échec d'analgésie, les contre-indications découvertes le jour-même telles que fièvre, légère infection, eczéma dans la zone de piqûre, etc...? Ignorant également le fait que le produit passe la barrière placentaire ? Que ce produit peut induire des chutes de tension violentes, ainsi que des fièvres dangereuses pour l'enfant à naître...?

Vous parlez du manque d'effectifs. Certes ! Mais quelle formation pour nos sages-femmes et nos obstétriciens ? Quelle place laissée aux femmes souhaitant accoucher sans analgésie ? Combien de sages-femmes arrivent diplômées sans même avoir vu un seul accouchement naturel (et ne parlons pas des gynéco-obstétriciens qui sont formés pour les pathologies, donc loin, très loin du naturel !) ? Quel protocole permet à la femme de gérer ses contractions et d'accoucher réellement naturellement (accroupie, à genoux, debout, en suspension, dans l'eau, en criant, en chantant, en bougeant, en tenant une main secourable, en étant rassurée, massée, accompagnée...?) Le manque d'effectif est loin d'être le seul responsable ! C'est toute une politique qui est à changer ! Même s'il reste évident que nous n'aurons un meilleur accompagnement qu'en obtenant ce que les anglaises ont déjà : une femme/une sage-femme. (Sachant qu'en Angleterre, il y a le double de sages-femmes pour une population sensiblement équivalente à la France...).

Vous dites avoir connu les salles d'accouchement emplies de cris de douleur comme si c'était une fatalité inhérente à la naissance que seule la péridurale peut contourner. La réalité est toute autre. La naissance a besoin d'hormones pour arriver au bout, elle a besoin d'éloigner l'adrénaline (hormone de la peur) et d'activer l'ocytocine (hormone de l'affection). Notez combien il est difficile de séparer la peur de la douleur lorsqu'une femme débarque dans un hôpital, dans une salle de travail inconnue, avec des soignants inconnus autour d'elle et des gestes potentiellement effrayants. Notez comme le simple fait d'arriver dans un lieu inconnu peut faire déferler de l'adrénaline dans ce corps déjà fort sollicité par les contractions et les rendre plus douloureuses, ou les modifier de manière à ce qu'une intervention devienne inévitable. Les effets iatrogènes de la médicalisation sont d'ailleurs connus. Vous dites connaître les cris de douleur... les différenciez-vous des hurlements de peur ? (La phase de désespérance vous évoque-t-elle quelque chose ?)

 Vous parlez des primipares, ces espèces de femmes écervelées, enceintes pour la première fois, qui pensent qu'elles peuvent accoucher sans votre intervention ! Elles changent fréquemment d'avis en cours de travail. Les raisons que vous invoquez, hautement scientifiques, cela va sans dire, et parfaitement objectives, sont que ces femmes ont "sous-estimé" la douleur et se font "rattraper par la réalité". Encore une fois, on assiste à un flagrant délit d'ignorance ! Des femmes primipares correctement informées, préparées et accompagnées vont généralement au bout de leur souhait d'accouchement sans péridurale. Pour preuve le très faible taux de péridurale pratiqué dans d'autres pays européens tels que les Pays-Bas (15% de péridurales), la Belgique ou encore l'Angleterre. Notre accompagnement actuel est particulièrement délétère quant au maintien des vœux des femmes, mais cela vous importe peu.... Et vous le démontrez particulièrement bien avec vos propos limite misogynes. Est-ce grave que ces femmes aient finalement la péridurale puisqu'après tout, elles sont à l'hôpital en présence d'anesthésistes tout à fait disposés à la leur poser ? La réponse est OUI ! Oui, c'est grave de ne pas accompagner jusqu'au bout un choix aussi important. Oui c'est grave car beaucoup de femmes en ressortent meurtries, avec une sensation d'échec. Le fait que vous estimiez que ces considérations ne devraient pas exister ne suffit pas pour qu'elles n'existent pas.

Vous parlez de l'usage de la péridurale pour des raisons de sécurité. Elle permet d'éviter le recours à l'anesthésie générale... Je vous le demande : est-il fréquent qu'un accouchement normal se déroule sous anesthésie générale...?! Entrons-nous dans l'air du "une péridurale au cas où" ?! L'anesthésie générale n'étant utilisée qu'en cas d'urgence, pour pratiquer une césarienne, prônez-vous réellement la pose systématique de la péridurale pour éviter de faire une anesthésie générale ? Ou parlez-vous des césariennes pratiquées sous péridurale ou rachi-anesthésie (ce qui arrive rarement en urgence) ? Dans tous les cas, nous dépassons largement le cadre d'un accouchement normal ! Parler de sécurité dans ce contexte, c'est tromper les gens ! C'est leur faire croire qu'avoir la péridurale dans le cadre d'un accouchement eutocique, c'est être plus en sécurité que ne pas l'avoir.

En outre, vous affirmez que la péridurale ne modifie pas le déroulement du travail et ce sans citer vos sources, ce qui, reconnaissez-le, est fort pratique et peu scientifique ! Je serais bien curieuse de les connaître, étant donné que la plupart des études qui paraissent actuellement ne mettent pas franchement la péridurale à l'honneur. Vous êtes bien placés pour savoir que tout produits actifs ne peut pas être sans conséquence. Alors oui, quand on demande dix fois à une femme si elle est sûre de ne pas vouloir de péridurale, quand on lui répète que ce serait mieux avec, quand on la menace en lui racontant que bientôt ce sera pire, qu'elle va s'épuiser et être incapable de sortir son bébé toute seule (cf chronique du Dr Harvey !) ou que si elle ne se décide pas très vite, l'anesthésiste ne sera ensuite plus disponible, c'est une violence obstétricale. Nous sommes dans un pays développé qui permet un accompagnement sécuritaire des femmes, pourquoi diable considérer leur bien-être (et le bien-naître des bébés) comme inconvenant ?!

Quant à l'ocytocine de synthèse, vous parlez beaucoup des sages-femmes, qu'en est-il des obstétriciens ? La décision d'adminitrer du syntocinon fait l'objet de recommandations de la part du CNGOF autant que du Collège des sages-femmes ! Le fait que l'administration d'ocytocine de synthèse soit à l'origine de poses de péridurales est une réalité démontrée (l'ocytocine de synthèse augmentant artificiellement la fréquence et la puissance des contractions, la douleur en est alors décuplée, et la femme demande rapidement un soulagement). De même, le fait qu'une fois la péridurale posée, l'ocytocine de synthèse soit souvent indispensable est aussi une réalité (l'immobilité induite par la péridurale et par la surveillance qui l'entoure - monitoring en continu, brassard à tension, perfusion - empêche la mécanique de l'accouchement de s'accomplir pleinement et maintient les femmes dans une position passive qui complique la progression du fœtus dans les voies maternelles).

Concernant les enjeux économiques, on pourrait effectivement en parler longuement lorsqu'on sait qu'un établissement est payé à l'acte ! Comment, alors, ne pas être tenté de rajouter une petite péridurale par-ci, un petit peu de synto par-là, une petite épisio....

Nous en arrivons à la tentative de manipulation de l'opinion publique. Nous voilà sur le terrain des Maisons de Naissance qui font décidément beaucoup couler d'encre dans le domaine de l'obstétrique français. Commençons par la manipulation des chiffres : vous partez du pourcentage de femmes ayant réellement accouché sans péridurale (12%) pour juger de la viabilité et de la pertinence des Maisons de Naissance. Vous préférez oublier le fait qu'en réalité, elles sont 26% à ne pas désirer de péridurale. C'est dire quelle considération vous portez aux souhaits des femmes ! Sans parler, bien sûr, du fait que 75 à 80% des accouchements pourraient être physiologiques (La Naissance - Histoire, culture et pratiques d'aujourd'hui, p.1023)... On est alors loin, bien loin de parler de minorité ! En outre, il est amusant de constater que parler de comptes quand il s'agit d'administrer la péridurale vous semble fort peu opportun, mais quand il s'agit de laisser les femmes choisir leur accouchement, cela vous paraît tout de suite beaucoup moins indécent ! Il n'y a qu'à lire votre phrase pour comprendre à quel point être exclu d'un système de soin vous révulse ! Une structure "sans obstétricien, sans anesthésiste, ni pédiatre"... comment cela pourrait-il être autre chose qu'un fantasme hippie dont la réalité n'est ni souhaitée ni souhaitable...?

On en arrive au passage que je préfère : diviser pour mieux régner. Le corporatisme, vous connaissez bien, c'est un sport que vous pratiquez régulièrement dans votre profession. Ainsi, vous surfez sur la vague des anti- et pro-péridurales pour monter les femmes les unes contre les autres. Et on nous parle de manipulation de l'opinion publique.....!? Si les sages-femmes ne sont effectivement pas les garantes d'un accouchement serein, elles sont en revanche les professionnelles de l'eutocie et de la physiologie. Les obstétriciens sont quant à eux formés pour les pathologies. De fait, il est tout de même plus fréquent, et c'est dans l'ordre des choses, qu'un obstétricien gère des complications plutôt qu'une sage-femme.  À ce propos, permettez-moi de souligner le fait que vous confondez le terme "eutocique" qui désigne un accouchement sans pathologie et "naturel" ou encore "physiologique" qui désigne un accouchement sans intervention. Je vous réponds donc : oui, un accouchement "naturel" ou "physiologique" est contradictoire avec une analgésie, même toute petite, et avec un environnement médical.

Vous parlez enfin de sécurité et de sérénité. Vous affirmez que les deux sont compatibles. Certes. Ils le sont. Mais sans doute pas dans la médicalisation que vous prônez ! Là encore, la place de l'anesthésiste est peut-être à revoir et son impact sur le bon déroulement du travail ne peut être ignoré. Vous agrémentez votre discours d'un peu de pseudo féminisme en parlant de liberté des femmes. Et vous voilà affirmant "les femmes sont libres de leur lieu d'accouchement" ! Pardon, mais je me gausse ! Cette liberté n'existe pour ainsi dire pas en France : les accouchements à domicile étant rendus impossibles du fait d'assurances professionnelles totalement excessives et les Maisons de Naissance ne cessant d'être remises en question, en particulier par des gens comme vous (ainsi que vous le démontrez fort bien vous-même dans votre article). Le changement d'avis, lorsqu'il va du refus à l'acceptation de la péridurale vous semble parfaitement normal. Quant à l'inverse... mieux vaut ne pas trop en parler ! La liberté des femmes s'arrête là où commencent le ficelage du monito et la piqûre de la perfusion... Les médecins sont responsables du niveau de médicalisation selon le déroulement du travail...? N'est-ce pas avant tout le rôle de la sage-femme de décider si oui ou non il convient d'intervenir dans un accouchement ? Et si vraiment vous, au sens large, êtes responsables de ces décisions, combien pourrait-on attaquer pour avoir décider tel ou tel geste, alors que tout se déroulait très bien, pour des raisons de protocole ou, pire, pour des raisons de planning ou de surcharge de travail ?!

Alors certes, les sages-femmes sont une profession médicale. Mais c'est peut-être justement parce qu'elles ne sont pas reconnues comme telle par vous et vos pairs qu'elles ont compris l'importance de la physiologie. C'est peut-être précisément parce que vous les traitez comme des infirmières spécialisées qu'elles ont pu envisager d'autres voies, d'autres chemins, écouter ces femmes que vous abandonniez au monitoring, au synto et à la péridurale, entendre leurs cris silencieux, voir leur détresse que vous préférez ignorer et apprendre, oui, apprendre d'elles. Apprendre que la naissance n'est et ne sera jamais objective. Apprendre qu'une naissance réussie ne se résume pas à des actes médicaux réussis. Apprendre que naître n'est pas seulement être extrait de sa mère. Elles se sont tournées vers d'autres alternatives. Elles ont vu la physiologie d'aussi près qu'il est possible de la voir, allant jusqu'au domicile des femmes pour voir des bébés naître sans même qu'elles aient à intervenir si peu que ce soit. Et elles savent ce qu'accoucher veut dire : l'accouchement est un arc-en-ciel de possibilités, de vœux et de choix qu'il est impossible de réduire à de foutus protocoles ! Elles savent qu'il existe autant d'accouchements que de femmes, et que ce n'est pas au soignant de décider, mais bel et bien à la femme. Et vous servir de leur intitulé de profession médicale, alors qu'elles sortent de deux ans de revendications, alors qu'elles sont traitées au quotidien comme des para-médicales, c'est vraiment, vraiment le summum du culot ! Espérons seulement que l'ensemble de votre profession ne ressemble pas à cet article écœurant...

Marie Nadézda.

 

Pour aller à l'article publié sur Le Monde.fr

Posté par Marie_Nadezda à 23:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 octobre 2015

Lettre ouverte à la crèche dans laquelle j'ai fait la bêtise d'inscrire ma fille....

C. a deux ans et demi. C'est une petite fille vive, enjouée, rigolote et intelligente. Elle sait ce qu'elle veut et nous l'exprime parfaitement. Depuis la naissance de sa sœur il y a deux mois, elle fait parfois ce qu'on appelle communément des "colères" lorsque nous nous opposons à elle. Elle-même dit souvent "non" dans des situations diverses et variées. Je crois qu'elle aime autant qu'elle déteste ce mot.

C. a du mal à accepter le pot sur lequel elle refuse d'aller. Pourtant, cul-nu en fin d'été, elle a fait spontanément plusieurs pipis et un caca dans le pot. Mais elle n'aime pas rester cul-nu et elle n'aime pas qu'on lui propose d'aller sur le pot. Je ne sais pas si elle se plierait à un forcing puisque je ne l'ai jamais forcée... De plus, elle a toujours été avec moi depuis sa naissance, a été élevée au milieu de ses deux grands frères totalement gagas et elle est arrivée dans un contexte familial un rien compliqué. Son père et moi décidons donc, à défaut de pouvoir la mettre à l'école puisqu'elle n'est pas "propre" (pourtant, elle se douche régulièrement et ses vêtements sont lavés, je vous assure !), de l'inscrire à la crèche pour quelques heures le matin, deux fois par semaine, afin qu'elle se familiarise doucement avec la collectivité. Nous nous doutons qu'elle n'appréciera pas toutes les règles et que ça risque d'être parfois un peu compliqué, mais nous étions loin d'imaginer que C. allait subir une pression aussi incroyable.

Nous trouvions intéressant le fait qu'elle se confronte à la collectivité. Intéressant ! Oui car C. n'est pas une petite fille en manque de repères, ni en manque de limites. Nous lui avons cédé un peu plus de choses qu'aux aînés, oui. C'est assez commun chez les benjamins de fratrie ! C. est parfois très têtue et aime courir dans tous les sens. Mais lorsqu'on la frustre, si elle pleure cinq minutes, elle sait très rapidement gérer sa frustration. Je ne suis pas la plus objective, mais je ne crois vraiment pas que ma fille soit une sale gosse dissipée qui n'écoute rien, ni une capricieuse (à moins que "capricieux" soit la même chose que "pas propre" : une sorte de langage codé de la petite enfance !). Nous étions suffisamment à l'aise et nous avions suffisamment confiance en notre fille pour être presque curieux de ce qui allait se passer. Alors, nous vous l'avons confiée...

Les premiers jours se sont parfaitement passés... jusqu'au premier repas passé dans la structure. C. s'est mise à pleurer à la fin du repas pour ne plus s'arrêter. Vous avez commencé par me dire que vous ne compreniez pas ce qui s'était passé avant de m'avouer à demi-mot que vous l'aviez forcée à manger. Oui parce que même si vous ne lui avez pas tenu les bras et forcée à ouvrir la bouche, le fait que vous insistiez, que vous preniez les autres enfants à partie et que vous lui présentiez maintes fois la cuillères devant la bouche a fini par faire céder C. qui s'est sans doute vraiment sentie agressée. Elle vous l'a dit avec son langage d'enfant, que vous êtes censées être formées à comprendre, mais vous ne l'avez certes pas écoutée. La seule chose qui vous importait, c'était qu'elle perturbe l'équilibre de votre petit groupe. Après ce jour où je l'ai récupérée secouée de spasmes, vous m'avez sorti des choses que je n'aurais pas cru imaginables de la part de professionnels de la petite enfance. En premier lieu, et après seulement une semaine d'adaptation à coups de quart d'heure et de demi-heure, vous pouviez juger que C. était capricieuse et n'avait reçu "aucune limite". Pardon...? Aucune limite ? Ah non, madame, c'est impossible. C. connaît parfaitement le non et elle nous le montre bien. S'il est vrai qu'elle n'obéit pas toujours (quel enfant de deux ans et demi obéit systématiquement au doigt et à l'œil ?!), elle sait parfaitement gérer ses frustrations et elle en a forcément dans un quotidien qui voit évoluer une famille de six personnes dont quatre enfants ! Non seulement vous affabuliez, mais en plus, vous avez décidé au terme de cette journée que C. était personna non grata et vous n'alliez plus alors cesser de nous montrer "gentiment" la sortie.

Par la suite, qu'importe tous les efforts que C. fera pour s'intégrer au groupe et pour accepter les règles strictes de la collectivité (alors que je rappelle qu'elle ne s'y était jamais confrontée) : monter toute seule et en tenant la rampe les escaliers, mettre sa tétine dans sa poche, rester assise pour écouter histoires et chansons, aller sur le pot même si elle n'en a pas envie, etc... Qu'importe les discussions que nous aurons où j'essaierai de vous faire comprendre qu'on ne peut envisager, d'un point de vue pédagogique, qu'un enfant de deux ans et demi soit 1) sage comme une image 2) obéissant en toutes circonstance 3) toujours d'humeur égale et heureux de venir à la garderie, rien n'y fera. Oui, un enfant pleure parfois, surtout au moment du départ de maman. Oui, un enfant dit "non" et ce assez souvent à cet âge, en quoi est-ce anormal !? Oui, je vous laisse une enfant de deux ans et demi qui est en pleine phase de construction, d'apprentissage et non un petit robot pré-programmé pour être ce que vous voulez qu'il soit !

J'ai eu le tort d'être honnête vis-à-vis de vous. Lorsque je vous ai expliqué en deux mots l'histoire familiale qui entoure la naissance de C., vous n'avez eu de cesse ensuite de vous en servir contre moi ! Quelle empathie ! J'ai eu le tort de me remettre en question et de me demander si, vraiment, C. n'avait pas manqué de limites et n'était pas ce que vous me disiez qu'elle est : une enfant tellement insupportable qu'elle ne peut même pas être acceptée dans une crèche. J'ai eu le tort de douter de ma fille... Alors que C. me montrait à longueur de temps qu'elle voulait vraiment faire des efforts mais que, parfois, c'était un peu trop dur pour elle et qu'elle n'y arrivait pas toujours. Gérer un repas qui lui était imposé à une heure ahurissante (11h) et où elle était forcée de manger, c'était trop dur pour elle.

J'ai eu le tort d'avoir envie de vous tenir tête uniquement parce que votre attitude anti-pédagogique est totalement délétère pour les enfants et que je n'avais pas envie de céder à l'injustice que nous imposiez.

Et puis je me suis dit qu'après tout, l'essentiel pour moi était le bien-être de ma fille. Tant pis que vous ayez tort. Je n'ai pas besoin de vous, vous me l'avez suffisamment spécifié (vous ne travaillez pas, vous n'avez pas d'impératifs ! Non, excusez-moi mais c'est faux ! Quand on a quatre enfants à gérer, chacun avec ses horaires et ses besoins différents, on ne peut pas dire qu'on n'a pas d'impératifs !!). Quand j'ai réalisé que pour C., la crèche devenait synonyme d'angoisse absolue, quand j'ai réalisé que pour me plier à votre logique absurde d'adaptation de l'enfant (dont manifestement vous vous servez comme d'une période d'essai pour accepter ou refuser les enfants qui vous plaisent ou non...), ma toute-petite de deux mois passait ses matinées dans la voiture avec moi à attendre, j'ai fini par lâcher. Qu'importe que vous soyez persuadées d'avoir raison, d'avoir agi au mieux. Le dernier jour "d'adaptation", quand j'ai constaté que malgré tout, aucun des efforts de C. (et des miens) n'étaient pris en compte, quand j'ai constaté que malgré tout ce qu'elle essayait de faire, vous continuiez à lui faire comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue ici et qu'elle se comportait mal au lieu de valoriser tous les moments où elle vous montrait à quel point elle voulait être intégrée, elle voulait être grande... j'ai pris ma petite fille dans mes bras, je me suis excusée auprès d'elle et je vous ai claqué la porte au nez. Vous l'avez mal pris. Si vous saviez ! C'est la seule chose qui m'a fait du bien ce jour-là ! Espérons que cette contrariété puisse vous amener à vous remettre en question... Quand je vois deux personnes gérer une petite dizaine de petits qui refusent une enfant qui pleure un peu, qui ne sont pas capables d'amener cette enfant au jeu et de calmer ses frustrations, qui ne sont même pas capables de simplement la respecter, je me demande vraiment ce que vous faites dans ce métier ! Vraiment ! Était-ce tellement indispensable de la forcer à manger !? Du moment qu'elle respectait les règles de la vie en société qui veut qu'on reste à table le temps que tout le monde ait fini (ce qui, en soit, n'a pas posé problème), quel besoin aviez-vous d'insister ?!

En sortant dans la cour ce jour-là, il faisait beau. La fenêtre donnant sur la petite salle où jouaient les enfants était ouverte. "C'est pas bientôt fini ce bordel ?!" ai-je entendu hurler. J'ai serré ma petite dans mes bras et j'ai dû faire ce qui est si difficile en tant que parents : admettre qu'on s'est trompé. Car je me suis rarement autant trompée qu'en vous faisant confiance, à vous, qui êtes pourtant professionnelles de la petite enfance...

Si je partage cette lettre aujourd'hui, c'est pour hurler ma colère d'avoir vu ma fille aussi malheureuse simplement parce que vous ne vouliez pas trop en faire...

M.N.

Dessin LO HGCe dessin illustre sans doute mieux que des mots le parent que j'ai eu l'impression d'être durant deux longues semaines...




Posté par Marie_Nadezda à 16:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 septembre 2015

Comme une envie d'écrire... sur le diabète gestationnel !

Si vous avez déjà été enceinte, vous avez peut-être connu le fameux test que l'on subit aux alentours du sixième mois, où l'on doit avaler de l'eau sucrée (50gr de glucose, appelé test de O'Sullivan), puis subir des prises de sang pour vérifier notre taux de sucre. Voire, si votre O'Sullivan est revenu mauvais, vous avez peut-être eu l'immense privilège de subir la gamme au-dessus, le HGPO (hyperglycémie provoquée per os) 100gr encore plus agressif. Ou alors, vous faites parti des femmes ayant été enceintes récemment, ou l'étant actuellement, et vous avez subi le HGPO 75gr, à mi-chemin entre le O'Sullivan et HGPO 100gr qui est censé devenir la norme de suivi en France.

Peut-être vous êtes-vous posé la question de l'utilité de ce test. Alors, votre gynéco, ou votre sage-femme, vous a gentiment expliqué qu'il sert à dépister les cas de diabète gestationnel, maladie qui peut causer des dégâts chez le foetus, notamment une macrosomie (bébé très gros) et des difficultés à l'accouchement.

Mais vous faites peut-être également parti des femmes qui ont très mal vécu ce test, que ce soit parce que vous avez fait un malaise, parce que vous avez passé deux heures à avoir des nausées tenaces que vous tentiez vainement de dissimuler dans la salle d'attente d'un labo surchargé, ou parce que pire, vous avez été tout vomir aux toilettes et avez passé le reste de la journée complètement à plat. Peut-être vous êtes-vous alors demandé si ce test était vraiment utile et, encore mieux, s'il était anodin pour vous et votre enfant. Aujourd'hui, j'aimerais vous apporter quelques éléments de réflexion.

Quels sont les tests de dépistage et qui les recommandent ? 
Le test nommé O'Sullivan est un test dont l'étude a été réalisée en 1964 à Boston, sur un échantillon de femmes à majorité Noires et issues des classes pauvres. L'échantillon n'étant pas le moins du monde représentatif de la population générale, la fiabilité de l'étude est fortement remise en cause. 

Du côté du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français), les recommandations datent de 1996 et sont les suivantes : O'Sullivan en systématique (ou chez les femmes présentant au moins un facteur de risque) + HGPO 100gr en cas de positif.
Problème : il n'est pas nécessaire d'être à jeun pour pratiquer le O'Sullivan (s'agissant d'un test de dépistage du diabète, voilà qui prête à sourire)

Quelle est l'incidence du diabète gestationnel au juste ?
3 à 6% des grossesses sont concernées par le diabète gestationnel qui est le plus souvent asymptomatique.

L'HAS (Haute Autorité pour la Santé) recommande le HGPO pour le diagnostic (et non pour le dépistage !) et écarte les méthodes alternatives.
Les facteurs de risque (selon la HAS - 2005) :
- âge : entre 25 et 40 ans selon les études et les recommandations (CNGOF >35 ans)
- IMC avant grossesse entre 25 et 30
- Origine ethnique (les femmes caucasiennes sont à moindre risque)
- Antécédents familiaux (parent au 1er degré atteint de diabète de type 2 selon le CNGOF)
- Antécédents personnels : DG, mort foetale, macrosomie...

Pour info :
Seulement 10% des femmes n'ont pas de facteurs de risques ! Mais juqu'à 50% sont atteintes de DG en dehors de tout facteurs de risques... Le dépistage ciblé ne semble donc pas des plus approprié... Cependant, avec un dépistage systématique, le nombre de faux positifs s'accroît nettement.

La fiabilité du O'Sullivan est détestable : moins de 20% des femmes dépistées positives avec ce test sont de vrais positifs !

L'OMS préconise l'utilisation des seuils qui définissent une intolérance au glucose ou un diabète en dehors de la grossesse !! Faisant par là fi de l'insulino-résistance physiologique lors de la grossesse... (c'est-à-dire qu'il est normal qu'une femme enceinte ait une légère insulino-résistance, ceci étant dû aux hormones placentaires. Il n'est pas question de parler d'intolérance au glucose et encore moins de diabète !)

Les seuils retenus par l'ensemble des autres recommandations internationales varient, mais ils sont tous dérivés de l'étude initiale de O'Sullivan et Mahan (1964), fort critiquable sur le plan méthodologique, comme nous l'avons vu plus haut.

Macrosomie, qu'est-ce que c'est ? (source : HAS - 2005)
C'est 15 à 30% des grossesses avec diabète gestationnel
Se définit par un poids de naissance supérieur à 4kg ou 4,5kg ou une estimation pondérale échographique supérieure au 90è percentile pour l'âge gestationnel (quand on connaît la fiabilité desdites mesures, on se marre...)
4 à 11% des macrosomies sont compliquées d'une césarienne, dystocie des épaules, lésions du plexus brachial.
Moins de 10% des macrosomies seraient directement imputables au diabète gestationnel...
L'efficacité des traitements par insuline sur la réduction des taux de macrosomies et de ses complications n'est pas clairement démontrée. Cela dépendrait de la sévérité de l'hyperglycémie maternelle, mais aucun seuil précis ne peut être proposé actuellement.

La prise en charge diététique n'a pas fait individuellement la preuve de son efficacité.

Autres conséquences imputées potentiellement à tort au diabète (source : HAS - 2005) :
L'hypertension artérielle (HTA) gravidique et la pré-éclampsie sont plus fréquentes chez les femmes atteintes de diabète gestationnel. Il n'y a cependant pas de lien définitif de causalité, il s'agirait plutôt de facteurs de risques communs qui induiraient cette idée de lien : les effets de l'âge et de l'IMC ont probablement plus d'impact sur l'HTA gravidique que le niveau de glycémie maternel.

Aucune étude n'a permis d'évaluer l'efficacité de la prise en charge du diabète gestationnel pour réduire l'HTA gravidique et inversement...

En conclusion :
Il n'existe aucune preuve directe de l'efficacité d'un dépistage systématique ou ciblé du diabète gestationnel à partir de la 24è semaine de grossesse pour réduire la mortalité et morbidité périnatales.
En revanche, le taux de macrosomies et de ses complications croît avec le niveau de la glycémie maternelle, mais les seuils diagnostiques et les seuils d'intervention, ainsi que l'efficacité de la prise en charge restent discutés, notamment pour les "hyperglycémies modérées".
Par ailleurs, le diagnostic et la prise en charge du diabète gestationnel ne seraient pas dénués d'effets indésirables : anxiété, accroissement du nombre de consultations et d'examens complémentaires, accroissement des taux de césariennes même en l'absence de macrosomie foetale, accroissement du taux de déclenchement et du passage en réanimation néonatale des nouveaux-nés. (texte tiré d'un rapport de la HAS datant de 2005)

Certains professionnels de santé avancent l'idée selon laquelle le dépistage durant la grossesse permet de connaître la population à risque de développer un diabète de type 2 :
Le risque de diabète post diabète gestationnel est de 2% à 70% selon les populations d'études et leur durée de suivi ! Autant dire que l'incidence réelle est méconnue...
Le principal facteur prédicitif serait l'accroissement de la glycémie à jeun au cours de la grossesse, ainsi que l'IMC. Inutile donc de se gaver de sucre en un temps record pour vérifier ce qui semble être évident : le corps le supporte mal ! 

L'intérêt du dépistage et du diagnostic du DG par des tests de charge en glucose (O'Sullivan, HGPO 75 ou 100) pour la prévention du DNID à distance des grossesses n'est pas démontré.

Le risque d'obésité et de surcharge pondérale chez l'enfant n'est pas prouvé. Aucune étude correctement menée ne permet d'étayer cette hypothèse.

Conclusion :
Aucune recommandation de la HAS n'est possible pour le moment au sujet du dépistage du diabète gestationnel (le diagnostique, en revanche, se fait par HGPO 75gr). Le dépistage, qu'il soit ciblé ou systématique du DG étant par trop controversé. (HAS - 2005)

Petit aperçu des pratiques européennes (édifiant !) :
--> SIGN 2001 (Ecosse) : glycosurie à chaque consultation + glycémie à jeun à la 1ère visite et à la 28è semaine si glycosurie positive. HGPO 75gr le cas échéant. (bien différencier dépistage et diagnostic !)
--> OMS 1999 (mondial) : diagnostic systématique (donc en dehors de tout dépistage) : HGPO 75gr entre la 24è et la 28è semaine d'aménhorrée.
--> Alfediam 1996 (France) : dépistage, puis diagnostic systématique par le O'Sullivan (50gr), puis le HGPO 100gr le cas échéant. La glycosurie est toutefois réalisé tous les mois sur toutes les femmes... Quelle valeur de dépistage ? Quelle utilité...?
--> CNGOF 1996 (France) : dépistage pour diagnostic systématique par le O'Sullivan (50gr), puis le HGPO 100gr le cas échéant. Nouvelles recommandations de 2010 : diagnostic relativement systématique (soigant dépendant...) par le HGPO 75gr. Là encore, la glycosurie réalisée chaque mois par l'ensemble des femmes enceintes : utilité, valeur dépistage...?
--> PNCG 1996 (Royaume-Uni) : idem que l'Ecosse...

Qu'en disent les gynécologues de France ? (CNGOF - mises à jour des recommandations de 1996 - décembre 2010)
Le CNGOF recommande le dépistage systématique des femmes présentant au moins un des facteurs de risque suivants :
Âge supérieur ou égal à 35 ans
IMC supérieure ou égale à 25
Antécédent de diabète chez les apparentés au 1er degré
Antécédent personnel de diabète ou d'enfant macrosome.

Le CNGOF n'a pas d'argument en faveur du dépistage systématique pour les populations se trouvant en dehors de ces facteurs de risque (prennent-ils en compte les recommandations de la HAS...?)

Quid des risques ? (CNGOF - décembre 2010)
La fréquence rapportée de l'hypoglycémie néonatale sévère en cas de DG est faible.
Le risque hypercalcémique est équivalent à la population générale.
Le risque de jaunisse sévère est faiblement augmenté.

Diabètes pré-existants :
Il est évident que lorsqu'une femme diabétique tombe enceinte, la surveillance de la grossesse sera un peu différente. Il existe toutefois deux types de diabètes bien distincts. Le diabète de type 1 - insulino-dépendant - qui apparaît généralement dans l'enfance ou l'adolescence (incidence maximale avant 30 ans). Le diabète de type 2 - non-insulino dépendant - qui apparaît plutôt chez les personnes âgées de plus de 50 ans. Le diabète gestationnel obéit au même principe que le diabète de type 2. C'est-à-dire que ce n'est pas le pancréas qui ne sécrète pas d'insuline, mais les cellules qui y sont moins réceptives.

Il y a 30% de DT2 (diabète de type 2) méconnus dans la population générale. Environ 15% des DG sont des DT2 méconnus (autrement dit, il ne s'agit pas de diabète gestationnel mais de diabète de type 2 non détecté avant la grossesse). La recherche d'un DT2 est alors justifiée en présence des facteurs de risques précédemment définis. Ce dépistage sera réalisé par une glycémie à jeun. Inutile donc d'avaler une haute dose de sucre !
Chez les femmes ayant des facteurs de risque et qui n'ont pas eu de dépistage DG, celui-ci peut être fait au 3è trimestre, au minimum par une glycémie à jeun (à nouveau, il n'est pas nécessaire d'avaler une forte dose de sucre !).

Le CNGOF, comme la HAS, ne recommande pas les autres méthodes de dépistages (glycosurie - pourtant réalisée chez toutes les femmes enceintes et ce mensuellement ! -, post-prandiale, glycémie au hasard, etc...).

Le choix des seuils glycémiques pour définir le diabète gestationnel est arbitraire !!

Traitements et surveillance :
Il arrive que le diabète gestationnel soit soigné par antidiabétiques oraux. Attention !! Ils n'ont pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l'obstétrique !!

La radiopelvimétrie n'a pas lieu d'être réalisée en cas de suspicion de disproportion foetopelvienne en raison de sa mauvaise valeur diagnostique (ce qui contredit les recommandations de 1996, époque où les radiopelvimétries étaient très fréquemment faites). En cas de DG et d'antécédent de césarienne, il n'est pas recommandé de pratiquer une césarienne programmée.

La surveillance systématique de la glycémie n'est pas indiquée chez les enfants de mère DG traitée par un régime seul et dont le poids de naissance est entre le 10è et le 90è percentile (DG modéré).

La surveillance systématique de la glycémie est indiquée chez les enfants de mère DG traitée par insuline et dont le poids de naissance est inférieur au 10è percentile ou supérieur au 90è percentile (DG sévère).

Dans tous les cas, les nouveaux-nés doivent être nourris au plus tôt après la naissance (dans la demi-heure) et à intervalles fréquents, au moins toutes les 2-3h. La HAS et l'OMS recommandent l'allaitement maternel. Le CNGOF estime qu'il n'y a aucune différence métabolique entre les bébés allaités ou non allaités, donc ils ne recommandent ni l'un, ni l'autre...

Enfin, il ne faut pas oublier que si le diabète est ainsi traqué, c'est bien parce que le sucre à trop fortes doses dans l'organisme est toxique ! Il est donc étonnant de constater que le mode de dépistage le plus répandu en France implique de provoquer sciemment une intoxication au sucre pour voir comment le corps réagit ! En outre, le sucre passant librement la barrière placentaire, le foetus subit également de plein fouet cette intoxication glycémique et il est étonnant que personne ne se pose la question des éventuelles répercussions sur le petit organisme en formation...

 

74732456

 

 


Sources :
HAS : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/diabete_gestationnel_synth.pdf
CNGOF : http://www.cngof.asso.fr/D_TELE/RPC_DIABETE_2010.pdf
OMS : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs312/fr/

Posté par Marie_Nadezda à 17:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 juillet 2015

Délinquance maternelle - 23/11/2014

Délinquance maternelle...

 

Aujourd'hui, je me sens mal. J'ai passé toute la journée à tourner en rond, à être de mauvaise humeur... Parfois, je repense à mon passé. Je m'aperçois que j'ai beaucoup perdu de ma confiance en moi-même à force de me casser la gueule... et de me faire casser la gueule. Je me souviens encore de cette sage-femme qui m'avait assuré que le foyer m'apporterait forcément quelque chose... Sauf que parfois, je me demande si j'en suis vraiment sortie de ce fichu foyer ! J'ai l'impression d'être restée une enfant, d'être toujours sur la brèche, toujours à devoir tout prouver, comme à cette époque. Sauf qu'à cette époque, j'avais cette rage, cette certitude propre à la jeunesse. Cette impression d'immortalité. J'étais sûre de moi, sûre de mes choix. Aujourd'hui, je me sens si hésitante, tellement vulnérable !

Je réalise qu'il y a dix ans tout pile, j'entrais "définitivement" au foyer maternel Clairefontaine. Oui, "définitivement". C'était le terme qu'employaient les éducateurs. Je me demande encore aujourd'hui s'ils ont jamais eu conscience de l'impact que pouvaient avoir ces mots sur nous... Car oui, c'était définitif, comme une condamnation dans une maison de redressement, ça nous a toutes marquées à vie, au fer rouge. Nous avons un "casier", nous sommes des délinquantes maternelles, nous sommes fichées à l'Aide Sociale à l'Enfance. Alors effectivement, d'une certaine manière, nous y sommes entrées "définitivement"... Quant à savoir si nous en sommes sorties. Si nous pouvions seulement en sortir...

En réalité, ce terme était lié à la "période d'essai". Autre aberration au nom trompeur. Cette période n'avait d'essai que le nom. Nous passions huit jours dans le foyer avant de donner notre réponse. Soit disant que nous avions une décision à prendre ! Ah ! Quelle blague ! Comme si, réellement, nous avions le choix ! Je me souviens que durant ces huit jours, j'avais promis à mon bébé que jamais nous ne vivrions dans cet endroit sordide. Plein de pleurs de bébés, de mères qui crient, de musique à fond, d'odeurs d'urines et de couches souillées... Je n'ai pas pu tenir ma promesse... Les éducateurs, en apprenant que je refusais d'y aller, m'ont cloîtrée dans un bureau une journée entière sans manger, ni boire, ni aucun accès aux toilettes. J'étais alors enceinte de sept mois. Ils ne m'ont relâchée que lorsque j'ai cédé et appelé le foyer pour leur dire que j'acceptais d'y entrer. Je n'ai plus jamais osé faire la moindre promesse à mon fils depuis. C'était en octobre 2004.

Et puis finalement, un mois après, je suis entrée "définitivement" au foyer maternel. Malgré tous les efforts que j'avais fait pour l'éviter, malgré tout ce que ton père avait pu faire – formation, boulot... Au final, je n'ai eu aucun choix. Mais bon... L'on va me rétorquer que je n'avais qu'à pas faire de môme à mon âge si je voulais conserver des choix... Moi la gamine, moi l'assistée... Je devais simplement accepter et remercier en me prosternant à genoux. Je me souviens encore de toutes les démarches que j'avais entreprises pour éviter cet endroit sordide. Depuis l'assistante sociale de la mairie d'Asnières jusqu'à celle de la maternité des Bluets en passant par la sage-femme de la PMI de Colombes... Je me souviens si bien de cette sage-femme. Elle s'appelait Agnès. Nous nous étions rencontrées lors d'une réunion d'information sur la maternité organisée par la PMI et à laquelle j'avais été conviée par courrier. Je ne sais si ce courrier était adressé à tout le monde ou seulement aux femmes dont le profil sur la déclaration de grossesse les désignait comme "en difficulté". Toujours est-il que nous n'étions que trois à cette réunion. Cependant, elles étaient bel et bien adultes, elles. Parfois, je me demande ce qu'elles ont pensé en me voyant entrer... J'étais venue avec un calpin et j'avais écouté avec beaucoup d'attention, notant au fur et à mesure ce qui se disait. J'étais très appliquée, très scolaire, comme une petite fille. J'étais une petite fille...

Nous avions ensuite discuté avec la sage-femme. Seule à seule. Je lui avais expliqué ma situation. Je lui avais expliqué que je ne voulais pas aller au foyer maternel. Elle m'avait rassurée, me disant qu'il y avait forcément d'autres solutions et qu'elle allait tout faire pour m'aider. J'étais sortie de là toute ragaillardie, avec un nouveau rendez-vous quelques semaines plus tard. J'avais vraiment mis beaucoup d'espoirs en elle. Tout comme dans l'assitante sociale des Bluets et celle d'Asnières... Mais les uns comme les autres m'ont laissée tomber, m'expliquant que le mieux était encore d'accepter le foyer. Lorsque je suis retournée voir Agnès, elle m'a expliqué longuement qu'en faisant quelques recherches, elle avait rencontré de nombreuses jeunes femmes ayant été en foyer et toutes lui auraient assuré y avoir trouvé quelque chose qui les a aidées. Elles en sont toutes ressorties plus fortes, plus "riches"...

Aujourd'hui, j'aimerais vraiment revoir Agnès. Lui demander si vraiment elle était honnête et sincère... Ou si elle m'a dit un joli petit mensonge, une fable idiote comme celles qu'on raconte aux enfants pour qu'ils mangent leurs épinards... Car j'ai beau chercher : je n'ai rien trouvé de tel dans le foyer maternel Clairefontaine. Mes souvenirs sont durs, amers et douloureux. La seule chose que je puis affirmer, c'est que le fait d'avoir été seule m'a obligée, d'une certaine manière, à être pleinement la mère de Sébastien. Personne ne s'est occupé de lui à ma place. Mais la contrepartie fut cette incommensurable solitude... et tous les effets délétères qu'elle a pu avoir sur moi, sur mon fils, sur nous... et sur notre famille naissante.

Le vingt-trois novembre 2004, je suis donc entrée "définitivement" au centre maternel. Je crois que je n'ai que rarement pleuré autant que ce jour-là. Un éducateur dont j'ai oublié le nom est venu me chercher au Service d'Accueil d'Urgence dans lequel je résidais depuis quelques mois. Il a chargé toutes mes affaires – un sac de sport et un sac à dos – dans la petite clio merdique et nous sommes partis. Je n'avais pas le droit d'être accompagnée de qui que ce soit d'autre qu'un éducateur. Même si mon père avait voulu être là, il n'en aurait pas eu le droit ! Alors qu'il disposait encore de l'autorité parentale ! Quant à mon compagnon, n'en parlons même pas. Lui majeur, moi mineure, il était carrément personna non grata et je soupçonne même les éducateurs d'avoir prié très fort le Ciel pour que finalement, il ne reconnaisse pas son enfant après la naissance. Manque de chance, il ne s'est jamais défilé ! L'éducateur a déchargé mes affaires dans le bureau de la secrétaire, nous avons eu un bref entretien avec ma nouvelle éducatrice référente, puis il est reparti comme il était venu. Sans même vraiment me dire au revoir. En même temps, qu'aurait-il pu me dire ? Tout lien quel qu'il soit était totalement prohibé, à tel point que nous devions les vouvoyer et leur serrer la main...

Mon éducatrice m'a montré ma chambre, au deuxième étage. Puis, j'ai demandé de l'aide pour monter mon sac de sport. À dix jours de mon terme, ce n'était pas du luxe d'avoir un peu d'aide... Mais Clothilde m'a clairement fait comprendre que les jeunes femmes étaient censées se débrouiller seules. Dans le fond, je préférais. Je préférais ne rien devoir à personne, ne rien demander. J'étais persuadée que tout ce que je pourrais demander serait consigné dans mon dossier et ressorti au premier coup de faiblesse ou lorsque je souhaiterais un peu plus d'autonomie. Je me suis rarement autant trompée ! En réalité, ce sont toutes les fois où j'ai fait preuve d'autonomie qui ont été consignées dans mon dossier, avec pour mention mon "incapacité à reconnaître mes propres limites et à aller chercher l'aide appropriée". Ce qui m'a finalement valu beaucoup d'ennuis... Notamment plusieurs "réunions" avec la chef de service qui ne cessait de me répéter que ça lui "posait question", expression que je déteste aujourd'hui !

Après avoir monter toutes mes affaires, j'ai eu droit à quelques heures de tranquillité. Je me suis assise sur mon lit et je me suis autorisée à pleurer. Le lit était en bois grinçant, peint en blanc caillé et rouge sombre, le matelas était recouvert d'une alèse en plastique désagréable. L'armoire était de la même couleur que le lit et, finalement, le truc le moins moche était sans doute le lit à barreaux blancs... Par la fenêtre, je pouvais entre-apercevoir la cour et la salle de réunion des éducateurs. Je dis bien entre-apercevoir parce que la fenêtre était obstruée par une énorme grille. J'avais l'impression qu'elle ne laissait même pas passer le soleil. Et puis, j'ai esquissé un geste timide vers mon sac. Je l'ai ouvert. Le premier pas était fait. J'ai sorti mes vêtements et les ai rangés dans l'armoire. Retrouver mes affaires, des choses familières m'a redonné un peu de courage. Et puis le soir, quand les heures de visites furent ouvertes, Eric est venu me voir. Il était si mal pour moi, mais il n'avait aucune marge de manœuvre : j'étais mineure et toute ma vie était soumise aux autorisations parentales ou du juge aux affaires familiales... Ce soir-là, il me ramena des draps propres, une couverture et un oreiller. C'était si peu et si inestimable. Un vrai soleil ! Les visites n'avaient lieu que dans le hall, il ne put voir ma chambre qu'en photo. Même mes parents n'avaient pas le droit d'aller au-delà du hall ! Incroyable comme les institutions peuvent contourner les propres lois du pays pour lequel elles travaillent... Mais qu'importe. Ce soir-là, j'ai pu dormir bien au chaud, sur son oreiller, avec ses draps, son odeur... Ce soir-là, j'eus l'impression d'être un peu moins seule. Par sa simple présence, il avait fait plus pour moi que tout ces éducateurs et ces bien-pensants.

Finalement, suis-je sortie du foyer ? Je n'en sais foutrement rien... Mais quand je regarde autour de moi, je ne peux m'empêcher de me sentir immensément soulagée. Je réalise soudain que je suis chez moi, dans ma maison, celle que j'ai construit avec lui, avec Eric... L'homme qui devait m'abandonner et qui est resté. Sébastien va avoir dix ans... J'aimerais croire qu'un jour, je pourrais me réconcilier avec ce passé... Pour cela, sans doute faudrait-il que je cesse d'éprouver autant de colère et d'amertume... Pour cela, peut-être faudrait-il que je parvienne à accepter que je suis maintenant adulte, que je suis sortie de ce foyer, que plus personne ne peut m'obliger à quoi que ce soit... Un jour, j'y arriverai.

À toi mon Ange...
Maman.

 

Extrait de mon "Journal de maman orpheline" que j'aie écrit à l'intention de ma fille, Marie. 

Nota Bene : aujourd'hui, ce foyer n'existe plus, il a été entièrement démoli pour être reconstruit en plus moderne. Il ne reste que le "Pavillon". 

1 - Foyer maternel Clairefontaine

Posté par Marie_Nadezda à 19:04 - Commentaires [1] - Permalien [#]

15 juin 2015

À toi mon Ange...

Il est des choses sur lesquelles il semble parfois difficile d'écrire. La douleur, la mort, la maladie, sont des éléments incontournables de nos vies et pourtant, on peut dire que pour la plupart d'entre nous, nous passons notre temps à tenter de les éviter. Dans mon cas, tout a commencé là. 

 

Venez découvrir ma nouvelle histoire :  

À toi mon Ange...

 

Marie Nadézda

Posté par Marie_Nadezda à 17:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]