Comme une envie d'écrire...

27 janvier 2017

Intuitions...

Intuition : n.f. 1. Forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement. 2. Sentiment de ce qu'on ne peut vérifier, de ce qui n'est pas encore arrivé. (Définition du Robert poche de 2016).


Il est difficile de nos jours de laisser libre cours à son intuition sans passer pour une ou un illuminé.e. Et quand cela concerne nos propres enfants, c'est encore pire. Pourtant, il y a des intuitions, des savoirs énigmatiques, des gestes parentaux qui ne s'expliquent pas d'un point de vue scientifique, mais qui, chaque année, sauvent des vies, ou du moins en garantissent les soins.


Il y a six ans, nous avons mis au monde un bébé. Oui, je dis « nous ». Cela fait toujours sourire mais cette naissance a vraiment été une action commune, de couple, un investissement familial qui n'a pas été découpé en règles absurdes : papa d'un côté, enfants de l'autre, séjour à la maternité...


Notre fille est née à la maison, par choix. Choix que nous nous félicitons encore aujourd'hui d'avoir fait. Dès sa naissance, alors que ma petite puce pleurait dans mes bras au lieu de se reposer, j'ai eu mon cœur de maman qui s'est serré et une inquiétude sourde s'est logée tout au fond de moi. Il y avait quelque chose de singulier dans les cris de cette enfant qui venait de naître, quelque chose qui n'était pas à sa place. Pourtant, la sage-femme qui l'avait examinée immédiatement après sa naissance m'a rassurée, tout allait bien. C'était un beau bébé de 3kg600, toute rondelette, avec de petits cheveux noirs et des yeux aussi profonds que l'univers. Quelques six jours plus tard, le médecin généraliste qui l'a examinée à son tour m'a également rassurée. Cette enfant allait très bien et tétait si bien que son poids de naissance était largement rattrapé !


Pourtant, la boule d'angoisse qui me serrait le cœur restait là. À cette époque, je n'aurais pu formuler clairement qu'il y avait « quelque chose ». Après tout, c'était peut-être tout simplement un bébé qui mettait un peu de temps pour « atterrir ». Ça arrive parfois.


Les jours se sont donc écoulés ainsi. Elle avait besoin d'une incroyable proximité et passait son temps dans les bras des uns et des autres. Elle semblait totalement désemparée dès qu'elle se trouvait posée quelque part. Elle tétait énormément, elle détestait l'eau, et surtout, elle pleurait, pleurait, pleurait...


Elle pleurait tellement.


Je l'ai portée, allaitée, emmaillotée, promenée, consolée, câjolée...


Elle pleurait.


J'ai cherché des informations sur les BABI, les bébés aux besoins intenses, et j'y reconnaissais beaucoup ma fille. Cela me rassurait. Peut-être que la boule d'angoisse, c'était tout simplement ça. Un bébé un peu « pas comme les autres » qui était arrivé comme une façon de nous sortir un peu de notre zone de confort, de nous remettre en question. N'ayant jamais été effrayés par les défis, nous avons relevé celui-ci.


Les mois sont passés.


À deux mois, elle pleurait toujours autant.


À trois mois, elle pleurait toujours autant.


Son développement, sa préhension, et même sa taille et son poids semblaient, eux, se développer au ralenti. Décembre sonna sans que je ne sache clairement quel drame il apporterait avec lui. Pourtant, la boule ne faisait que prendre de l'ampleur dans mon cœur. Chaque fois que j'amenais ma fille chez le pédiatre, je répétais que « quelque chose » n'allait pas, et chaque fois, on me parlait comme à une idiote incapable de discernement. L'on me répétait que les médecins avaient les compétences nécessaires pour déceler les pathologies, qu'il fallait que je fasse confiance en la médecine et en ceux qui la pratiquent, que mes intuitions n'étaient que le fruit d'une angoisse démesurée à faire traiter par un psy...


Au détour d'un magasin de jouets dans lequel nous faisions nos quelques achats de Noël, nous avons croisé une maman qui avait son bébé dans un cosy. La mienne était portée dans l'écharpe, car il était impossible de la poser, même dans une poussette/landau/cosy. Ce bébé babillait, jouait et ouvrait de grands yeux avides de découvrir le monde. Nous avons échangé au sujet d'un jouet que nous cherchions toutes les deux, la maman et moi, et puis j'ai fini par demander, par curiosité, l'âge de son petit. Il était plus jeune que ma fille. Ma fille qui était dans l'écharpe, les yeux fermés, comme se reposant d'une lutte constante, épuisante, souffrante... Ce jour-là, j'ai su. J'ai su, mais je n'ai jamais été écoutée.


Toutes ces sorties durant lesquelles il fallait la protéger du froid qui la faisait suffoquer, la protéger du vent qui lui coupait la respiration au point qu'elle devenait bleue. Toutes ces fois où elle pleurait sans que nous sachions.


Deux jours avant le drame, nous avons couru à l'hôpital suite à ce que nous pensions être une forte gastro-entérite. Vomissements, diarrhée et « refus » de s'alimenter (je mets « refus » entre guillements car il est évident qu'il ne s'agissait nullement d'une volonté de sa part, mais d'une impossibilité). Nous avons dû forcer un peu pour qu'elle soit admise en chambre. Puis durant deux jours, le ballet des internes, infirmières et de la chef de service n'ont fait qu'amplifier les dégâts déjà causés par le septicisme acharné de la pédiatre qui suivait notre fille. Le diagnostique posé par l'interne : gastro-entérite. Un peu de repos et tout ira bien. Quoi la maman ? Quoi elle nous dit que « quelque chose d'autre » ne va pas ? Elle est médecin la maman ? Non ? Bon, et bien elle se tait et elle écoute ceux qui savent ! Et si elle est bien mignonne, la petite maman, on lui donnera un bonbon !


Il m'est difficile à ce stade de dissimuler l'incroyable colère qui bouillonne encore à l'intérieur de moi. Une colère qui s'est pendant longtemps retournée contre moi. Moi qui n'ai pas su insister ! Moi qui n'ai pas su taper du poing sur la table et leur dire « cette fois, vous allez poser vos putains de diplômes et votre air supérieur, et vous allez m'écouter ! » J'ai appris à accepter avec le temps que j'ai tout fait pour les mettre sur la voie, et que ce sont eux qui devraient souffrir de cette culpabilité lancinante. Pas moi.


Jusqu'à ce mercredi 29 décembre, jusqu'à ce que j'appelle l'infirmière parce que « putain, quelque chose ne va pas, vous ne le voyez pas ?!! », jusqu'à ce que le cœur de ma petite fille cesse soudainement de battre, on a cru que j'étais folle.


Le jour où mon intuition s'est confirmée, c'était trop tard. C'était près de quatre mois trop tard.


Notre fille est morte, et tous ces médecins si compétents n'ont pas su la sauver. Ils n'ont même pas su simplement s'excuser. Ils ont achevé leur besogne en piétinant les derniers instants que nous aurions pu avoir avec elle. Ils l'ont laissée mourir toute seule alors que je leur avais expressément demandé de me prévenir pour que je sois là. Là encore, leurs certitudes comptaient plus que les besoins des êtres humains que nous étions : « mais madame, vous ne vous rendez pas compte comme c'est difficile, nous ne vous avons pas appelée pour vous protéger ». Bordel... Jamais ces gens ne comprendront qu'ils ont détruit la dernière chose que j'aurais voulu partager avec ma fille. Jamais ils ne comprendront que je voulais l'accompagner dans sa mort, comme je l'avais accompagnée dans sa vie. Jamais ils n'ont compris que la douleur des regrets serait au moins aussi lancinante et inéluctable que la souffrance de sa disparition.


Depuis, nous avons tout fait pour nous reconstruire. Ça n'a pas été sans peine. Nous avons décidé que nous ne conduirons pas l'affaire en justice, mais nous avons écrit une longue lettre au CHU pour leur expliquer ce qui n'avait pas marché, le pourquoi de notre colère, et les explications que nous voulions. Nous n'avons jamais eu de réponse.


Parfois, je lis, je vois, j'entends parler d'histoires similaires. De bébés, d'enfants qui ont « quelque chose » et de parents désemparés, qu'on ne veut pas entendre, voir, écouter. Quand ces histoires se terminent bien, je suis violemment tiraillée entre un soulagement incroyable pour cette famille et une souffrance indescriptible pour ma fille.


Aujourd'hui, notre petite fée a deux petites sœurs adorables qui font notre bonheur au quotidien. Et puis, il y a de ça deux ans, nous avons commencé à nous poser des questions sur le développement de notre seconde fille. Nous nous sommes d'abord freinés. Après tout, nous sommes restés très angoissés à cause de ce drame. Mais aujourd'hui, je réalise que nous devons cesser de nous freiner. Et que nous devons taper du poing sur la table. Qu'il vaut mieux vérifier « pour rien » qu'attendre qu'il soit trop tard.


Il est fréquent qu'on nous explique gentiment que lorsqu'un enfant a quelque chose de vraiment grave, les symptômes sont tout le temps présent. Qu'il n'y a pas, comme ce fut le cas avec notre fille, de moments agréables au milieu des moments difficiles. On nous a souvent dit que tant qu'on doute, c'est que ça ne peut pas être vraiment grave, car la gravité de la maladie conduit à un panel de symptômes évidents. On nous a même dit (parfois après la mort de notre fille !!) qu'une maladie cardiaque grave se décèle forcément très tôt, très vite.


La vérité, c'est que la science n'explique pas tout. La vérité, c'est que les symptômes sont patient-dépendants, car nous avons tous notre individualité, nos particularités. La vérité, c'est que, parfois, nous (nous, êtres humains, donc médecins aussi !) devrions faire preuve d'un peu plus d'humilité face à une nature que nous ne maîtrisons pas, que nous ne comprenons pas toujours. J'ai donc cessé de croire que parce qu'il y a des moments où notre fille semble aller très bien, elle n'a pas de problème.


Pourquoi est-ce que j'en reparle aujourd'hui ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi six ans après ? Je réalise qu'il n'y a pas un instant où je me lasse de parler d'elle. De la même manière que j'adore parler de mes autres enfants. Je réalise qu'il n'y a pas de diminution de la douleur, pas d'éloignement de la souffrance. Je réalise que le raconter maintenant ou le lendemain de sa mort, c'est pareil. J'ai juste appris à retenir mes larmes (et encore...). Alors voilà, aujourd'hui j'en parle. Comme hier, comme demain. Parce que ma fille fera toujours partie de mon quotidien. Une petite fille un peu « pas comme les autres » qui est partie à cause d'un « quelque chose » que personne, à part mon intuition viscérale de maman, n'a su voir.


Je veux croire en un avenir où la médecine considérera l'intuition des parents comme un symptôme à part entière. Où les médecins cesseront de balayer d'un revers de main les inquiétudes parentales en s'improvisant psy d'un jour. Où les politiques accepteront de donner plus de moyens aux hôpitaux pour que plus jamais les diagnostiques ne soient bâclés ou minimisés en raison du manque de lits.


Pour que plus jamais un enfant ne subisse la perte de chances* terrible qu'a subi notre fille.

* la notion de « perte de chances » est une notion juridique reconnue en médecine. Elle signifie que bien qu'il soit impossible de garantir la guérison d'un patient qui aurait été traité différemment, on peut néanmoins considérer que telle ou telle action (ou inaction) a conduit à une « perte de chances » de guérison pour ce patient. C'est un fait grave, condamnable et reconnu.

 

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29 décembre 2016

A toi, l'inconnu qui a pleuré avec moi...

24 décembre au soir...

Nous sortons de table après un repas copieux et délicieux. Nous avons un peu bu, les enfants se sont régalés, nous sommes heureux et savourons la délicieuse impatience du réveillon. Demain matin, un par-terre de cadeaux entourera le sapin duement décoré, et les enfants discutent jusqu'au dernier moment de ce qu'ils pourraient avoir, de ce dont ils rêvent tout haut ou tout bas.
Quoi de plus beau que des rêves d'enfants...?

Les petites sont couchées, les grands traînent encore un peu, mais leurs yeux se ferment progressivement. Alors, je prends ma bougie, achetée spécialement pour l'occasion, une petite décoration de Noël, j'embrasse mon mari, et je sors dans le froid pour marcher jusqu'au cimetière, comme tous les ans depuis six ans. Cette marche est rude, elle est longue, elle est froide, solitaire et sombre. Mais je tiens à la faire à pied. C'est ma petite pénitence personnelle pour ne pas avoir su la protéger.

Des ombres s'allongent autour de moi, le vent me murmure des choses que je ne comprends pas, la lune se cache et se dévoile au gré des caprices des nuages et le chemin, non éclairé, est le théâtre de mille fantasmes surnaturels. Je serre mon écharpe autour de mon cou. Je n'ai pas vraiment peur, car je porte en moi la lumière de mon ange magique. Invisible, elle est pourtant souveraine contre les ombres de la nuit.

J'arrive enfin en vue du grand grillage en fer forgé, je suis soulagée. J'ai vaincu les ombres. Le réverbère, au bord de la route, m'assure suffisamment de lumière pour ce que j'ai à faire. Pour dire vrai, j'aime être un peu dissimulée quand je lui rends visite. Cela me permet de laisser aller un peu mes larmes, mes paroles et de libérer pleinement ce besoin que j'ai, envers et contre tout, d'être avec elle.
J'entre.

Comme toujours, sa toute petite tombe me serre le cœur et fait monter un millier de pâles souvenirs d'aube glaciale et désespérée. Il y a six ans, sans que je le sache encore, un véritable cauchemar commençait. Je lui dis bonjour et je m'agenouille quelques instants face à sa croix. Une petite fée en résine me fait face, assise sur son champignon, elle garde la porte de son âme depuis six ans maintenant. Elle est un peu fatiguée, mais j'espère qu'elle résistera encore longtemps. Les petits jouets que nous déposons sur sa tombe à chacun de ses anniversaires sont là également. Les fleurs, quant à elles, sont flétries et noircies par le gel. Qu'importe, tout ceci renaîtra au printemps. L'immortalité de la végétation me donne toujours du baume au cœur.

Puis, je me lève et prends sa petite lanterne. J'y glisse la bougie et l'allume, m'émerveillant comme une enfant du feu qui transperce la nuit. Je la pose pile à l'endroit où la terre fut retournée voilà six ans pour y déposer son petit cercueil et je m'agenouille de nouveau pour profiter de la danse de la flamme se reflétant sur le bois de sa croix, illuminant la plaque dorée portant son nom.
Je pleure.

Invariablement, à chaque Noël, mes larmes sont mon cadeau d'amour pour elle, mouillant la terre du cimetière dans un drôle de silence feutré. Qu'il est dur de pleurer à Noël...

Je n'ai pas envie de partir, et pourtant, je grelotte de froid. J'ai envie de lui envoyer quelque chose à travers le ciel. Quelque chose de fort. J'ai envie de chanter, là, comme ça. Moi qui suis tellement timide ! Mais après tout, personne n'est là pour me voir ou m'entendre. Je me lance. Je lui chante un vieux cantique que j'ai toujours adoré, et qui est resté dans ma mémoire : Les anges de nos campagnes.

Des souvenirs d'enfance, de messe de minuit, de cadeaux au coin du feu, de neige crissant sous les pas, m'envahissent... Tout ce que j'aurais tellement voulu vivre avec elle. Au début, ma voix est toute timide, n'osant pas trop crever le silence de la nuit de Noël. Et si quelqu'un m'entendait ?! Et puis, petit à petit, je me réchauffe et je prends de l'assurance, je chante un peu plus fort et je me sens forte à mon tour, d'être capable de lui envoyer ça à travers les nuages.

Je finis par m'arrêter, quand les sanglots serrent trop ma voix. C'est alors qu'à côté de moi, devant la tombe d'à côté, quelqu'un se met à bouger. Je sursaute de tout mon corps. Je ne t'avais pas vu, dissimulé dans l'ombre du soir, te recueillant sur la tombe d'à côté. Je bégaye un pardon parce que je crois que j'ai même crié un peu en t'apercevant. Il faut dire qu'une rencontre en pleine nuit dans un cimetière, c'est bien singulier ! Tu me dis qu'il n'y a pas de quoi et que tu es désolé de m'avoir fait peur, mais que tu ne voulais pas me déranger pendant que je chantais. S'il n'avait pas fait si noir, tu aurais pu me voir rougir. Comme je n'ose rien dire, tu ajoutes que c'était très joli.

Pourquoi ai-je imaginé que tu m'as dit cela avec un sanglot dans la voix ? Sans doute parce que pour moi, quiconque passe un moment au cimetière le soir de Noël a forcément un sanglot quelque part...

J'ai regardé une dernière fois la flamme réchauffer l'air de la nuit et son prénom qui me faisait des clins d'œil, comme pour me remercier. Je lui ai envoyé un bisou, puis je t'ai lancé un « joyeux Noël quand même ». Curieusement, je n'ai aucun souvenir de ton visage. Je ne suis même pas certaine de l'avoir vu, tant la nuit était noire. « Merci, vous de même », m'as-tu répondu. Et je suis partie.

Durant tout le trajet du retour, j'ai songé à toi. À ce moment où je n'ai pas été seule pour la pleurer. Comme tu le remarqueras, je me suis permis de te tutoyer en racontant cela. Parce que je crois sincèrement que reconnaître la douleur de l'autre, c'est l'intimité la plus absolue entre deux êtres. En cet instant, peu importe que nous nous connaissions ou non, nous avons pleuré ensemble, dans le respect et la douceur, et ça, c'est pas donné à tout le monde.

À toi l'inconnu qui a pleuré avec moi, je voulais te dire merci.

 

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21 décembre 2016

Partage... coup de coeur !

Aujourd'hui, j'ai très envie de partager l'article écrit par une super blogueuse sur l'accouchement naturel en France.

Parce que les femmes sont de plus en plus nombreuses à demander une moindre médicalisation durant leur accouchement.

Parce que le bien-naître des bébés participe forcément à leur bien-être.

Parce qu'il est nécessaire de se serrer les coudes pour se faire entendre en tant que femmes, mères, hommes, pères, soignants...

Parce que la révolution viendra de nous.

Bonne lecture ! :D

 

Le pot de crayon
Vouloir accoucher naturellement en France

 

Bisous les gens !

J'vous dirais bien bonnes fêtes, mais ça me saoule vraiment trop. Alors amusez-vous bien et à l'année prochaine !

 

Marie.

Posté par Marie_Nadezda à 13:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 décembre 2016

Namasté !

En cette fin d'année, il y a bien des choses qui se bousculent dans ma vie, raison pour laquelle j'ai un peu délaissé ce blog et le partage de mes écrits et de mes lectures.

J'aurais bien aimé digresser pendant des heures sur la notion d'indépendance vis-à-vis de nos propres parents. Je me suis envolée de chez moi à l'âge de 16 ans, je croyais vraiment avoir rompu un lien, être devenue adulte... Mais je constate que claquer la porte, ce n'est pas prendre son indépendance, c'est refuser d'affronter les problèmes. On ne devient adulte que quand on les affronte réellement. La trentaine approche, je crois que c'est le moment pour moi de m'y mettre enfin !

J'aurais bien aimé expliquer pourquoi je ne partage plus mes écrits. Pas que j'ai de multiples demandes, mais un lectorat si réduit soit-il reste un lectorat et ça m'embête de ne plus rien avoir à vous proposer. Ce n'est pas que je n'écris plus, mais je crois que j'ai besoin de garder un peu pour moi mes créations, de me recentrer avec ce plaisir premier qui est de vivre des aventures au-delà de mes propres limites factuelles. Je crois que ce que je préfère dans l'écriture, c'est cela. Le partage, c'est comme la cerise sur le gâteau. Celle-ci semble m'apporter de moins en moins à mesure que l'indifférence reprend sa place, alors je préfère limiter la casse.

Du coup, j'ai vraiment, vraiment envie de réfléchir à la notion de talent.

Quand j'étais enfant, ma naïveté me poussait à croire que les gens connus étaient tous d'une rare exception. Je pensais que seuls les plus talentueux accédaient à une certaine notoriété, et j'étais certaine qu'un vrai talent ne pouvait demeurer dans l'ombre.

J'ignore si j'ai moi-même du talent, il est bien trop difficile de juger son propre travail pour le dire. Mais je connais bien des gens qui en ont, et qui pourtant ne sont pas connus. J'ai envie d'avoir une pensée pour eux aujourd'hui.

Mon père, dessinateur de talent, employé de banque durant quarante ans, aujourd'hui à la retraite.

Mon voisin, chanteur et musicien qui inonde notre rue de notes joyeuses l'été, responsable magasin.

Une de mes amies, couturière autodidacte aux splendides créations, hôtesse de caisse.

Et tant de gens d'ici et d'ailleurs que je ne connais pas, ou peu, ou moins. Tant de gens que je croise et que je pense ordinaires, alors qu'ils cachent tous un secret, un joyau, une particularité... Je réalise alors que ce qui a de la valeur dans notre société n'est pas l'essence même des gens, mais leur potentiel de production.

Finalement, ce qui émerge des talents que nous avons tous, ne serait-ce pas ce qui est le plus commercialisable...? Ne serait-ce pas, pour beaucoup, une question de chance ?

Aujourd'hui, je veux rendre hommage au talent que l'on cache tous à l'intérieur de nous. A ce talent qu'on étouffe pour ne laisser voir que la partie "socialement acceptable et économiquement productive" de nos êtres. Je voudrais vous dire que chaque âme est unique et que chaque âme a quelque chose à apporter à ce monde. J'ai envie de dire qu'on devrait plus s'écouter et s'autoriser à explorer nos potentiels créatifs. Et on devrait tous poser deux minutes notre routine pour regarder vraiment les gens qui nous entourent et qui, parfois, nous montrent au quotidien des choses que l'on balaie car apparemment moins importantes que la fiche de paie ou le loyer, mais qui, pourtant, sont l'essence même de notre humanité.

J'ai une pensée pour tous ces autodidactes qui ont tout appris sur le tas, qui se sont auto-formés parce que personne n'avait confiance en eux, qui se sont battus pour être reconnus, ou qui au contraire, ont pratiqué leur art dans l'anonymat juste pour le plaisir de changer un peu le monde en transmettant une paix intérieure à leurs enfants ou leurs proches.

En cette fin d'année, toujours si douloureuse pour moi, pour nous, j'ai envie de voir la lumière intérieure des gens qui m'entourent, car c'est cette lumière qui nourrit mon être et que je nourris à mon tour.

 

Namasté !

 

Marie.

 

Ci-dessous, l'un des dessins de mon père, représentant Notre-Dame de Paris.

DESSIN PAPA

Posté par Marie_Nadezda à 20:36 - Commentaires [1] - Permalien [#]

01 novembre 2016

Toussaint...

Prise dans le tourbillon de la vie, j'en oublie parfois ta mort. Je te cherche en vain dans un destin qui t'a oubliée sur le bord du chemin. Je me souviens de ta vie si fort, si fort que je crois pouvoir repousser ta mort. Alors, j'ouvre les yeux et je me rends compte qu'il n'y a plus rien que des souvenirs. Tu meurs à nouveau. C'est si violent. Si violent parce que tellement incompréhensible. Que je puisse encore vouloir si fort un dernier câlin avec toi six ans après ton trépas... Que je puisse vouloir si fort une dernière tétée, un dernier bisou, une dernière chance de pouvoir simplement te dire au revoir. Ou peut-être réussir à te garder pour moi et à te dérober à cette putain de maladie.


Il y a des bougies qui brillent, mais ne t'y méprends pas, ce n'est pas le feu qui les anime, non, c'est ton âme qui les guide. Elles brillent plus fort que tout parce que tu avais l'âme pure de l'ange immaculé. Tu étais un espoir, un avenir, une vie en devenir. Tu es morte comme un bouton de fleur emporté dans un pâle matin de printemps malmené par un hiver tenace. Tu es morte avant qu'on ne puisse admirer ta fleur, avant que tu puisses seulement t'épanouir au monde.


Je n'ai pas le temps de m'arrêter, la vie m'emporte comme une rivière furieuse, slalomant entre les roches abruptes du malheur et de la douleur. J'ai fait le choix de croire en elle. D'avoir confiance. Alors qu'elle m'a si cruellement trahie. D'où peut me venir cette flamme si ce n'est de toi ? Comme autrefois, la vie m'a attrapée par la main et m'a murmuré « Non, tu ne mourras pas encore ». J'ai pleuré ce chemin-là, puis j'ai souris devant le visage de deux enfants qui m'ont été offertes comme des roses en hiver. Elles ont percé la neige de mon âme meurtrie et ont rassemblé à elles deux les morceaux de notre famille violentée.


Il pèse sur elles un poids qui nous dépasse tous, mais qui peut se transformer en un lien indestructible. Je m'emploie à les aimer aussi fort que je t'ai pleurée. Je m'emploie à rassembler ma famille autour d'une vie que nous chérissons. Sur un chemin de Confiance en un avenir guidé par une étoile inextinguible. Car tu es là. Et nous le savons tous.


Parfois, je croise ces gens qui observent ta tombe d'un oeil réprobateur. Non ensevelie sous un marbre froid et lourd duquel ta petite âme serait prisonnière. Tu es libre de parcourir la terre. Ta tombe est vivante comme le sont les saisons qui la survolent. J'ai envie de leur dire que je n'ai pas le temps. Je dois vivre, je te l'ai promis. Quand la vie me laissera un peu de répit, je m'occuperai peut-être un peu de la mort. Mais pour l'heure, c'est toi qui vis à travers moi, à travers nous. A travers ta soeur qui veut sentir les fleurs, à travers tes frères qui discutent jeux vidéo, à travers ton père qui souffre dans son éternel silence, à travers moi qui allume les flammes de ton âme. A travers nous tous qui portons ton souvenir et parlons de ta vie pour que personne ne l'oublie. Qui prononçons ton prénom comme une légende à laquelle on veut croire. Marie...


Pardon, je n'ai pas le temps de m'occuper de la mort quand je suis si bien appelée par la vie.

 

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24 octobre 2016

Ce blog vous plait ? Suivez-moi sur Facebook ! :)

Bon, je n'aime pas trop faire ça, mais une fois n'est pas coutume : j'ai créé une page d'auteur reprenant mon nom de plume (que j'ai changé à cette occasion pour me fixer sur quelque chose de définitif) sur Facebook.

A tout ceux qui aiment ce que j'écris et qui voudraient me suivre et avoir des nouvelles plus régulièrement que via mon blog, je vous invite à venir me voir dessus et à liker !

Je referme la parenthèse "auto-pub" ! :D

 

A bientôt !

 

Lien vers ma page : Marie-Elisabeth Noreh

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22 octobre 2016

Neuf ans plus tard...

Bon, c'est en train de devenir une habitude et ça ne va pas pouvoir durer. Quoique... Au deuxième article, je ne crois pas qu'on puisse parler d'habitude et après tout, faire de mon blog une critique des livres que je lis pourrait être sympa. Mais bref !


La dernière fois que j'ai posté ici, c'était pour parler du livre d'Agnès Ledig, Juste avant le bonheur. Aujourd'hui, c'est un sujet moins lourd qui m'occupe : le dernier tome de la saga, la suite de la suite, celle qu'on attendait depuis 9 ans, Harry Potter et l'enfant maudit.


Je n'étais pas super emballée par ce livre. D'une part parce que j'ai été plus que déçue par l'épilogue du tome 7, que j'ai trouvé très surfait, absolument pas logique et beaucoup trop dans l'esprit happy end. D'autre part, parce qu'il ne s'agit pas d'un roman cette fois, mais d'une pièce de théâtre. J'aime beaucoup le théâtre, mais je préfère le voir que le lire...
Toutefois, je ne pouvais pas me permettre, en tant que fan issue de la génération Harry Potter, de passer à côté de cet ultime tome.


Je dois avouer que la magie Harry Potter opère toujours en moi ! Et sincèrement, ça fait du bien de le retrouver ! J'ai grandi avec lui, ayant lu les quatre premiers tomes quand j'avais environ 14 ans, puis le 5 dans la foulée, le 6 à 17 ans pour terminer avec le 7 quand j'approchais la vingtaine. Autant dire que j'ai partagé beaucoup de ses préoccupations, ayant été adolescente un peu en même temps que lui (mais ouf, je n'avais pas de Voldemort à combattre, moi !).


J'avais profondément regretté l'épilogue du tome 7 qui ne laissait plus aucune place à l'imagination du lecteur. De plus, les prénoms donnés aux enfants de Harry et Ginny me perturbaient franchement. Qui ? Sérieusement, qui, quel parent a l'idée saugrenue de refiler en héritage les prénoms de ses parents morts dans des conditions atroces ? Qui a l'idée de filer à son fils les prénoms de deux directeurs d'école avec lesquels il a entretenu des relations bancales ?! A un moment donné, même si je comprends la volonté d'hommage, je pense qu'il est bon que les enfants aient leur propre prénom afin de pouvoir être eux-même et écrire leur propre histoire. Rien n'empêche de donner en second prénom ceux de nos proches. L'on dira que c'est un point de détail, mais je crois vraiment que les prénoms ont un pouvoir énorme sur les gens ! Et vivre toute sa vie avec un prénom-hommage, c'est, il me semble, extrêmement lourd à porter.

 

 

ATTENTION SPOILERS !!!

[A partir de là, je préfère prévenir le lecteur imprudent, je vais parler du contenu du livre Harry Potter et l'enfant maudit, il y aura donc des révélations importantes. Ami lecteur fan de Harry Potter, si tu ne veux pas gâcher ta surprise et si tu n'as pas encore lu le livre, je te conseille de faire immédiatement demi-tour ! ;) ]


Manque de bol, Harry Potter et l'enfant maudit commence par ce même épilogue. J'ai soupiré en lisant les premières lignes. Faire de cet épilogue un livre entier, voilà qui me paraissait être la pire idée dans la longue liste de mauvaises idées de ce monde. Alors, le début m'a agacée, mais je suis rentrée dans le livre parce que je retrouvais mes personnages tant aimés, je les voyais dans leur vie, j'étais heureuse qu'ils aient si bien réussi, même si encore une fois, je les trouvais un brin surfaits.


Et puis au final, je me suis laissée prendre. Exactement comme lorsque j'étais adolescente, j'ai tourné les pages plus vite que je ne l'aurais cru, je me suis laissée embarquer dans l'histoire avec plaisir. Le plaisir de découvrir qu'Albus Potter va à Serpentard, le plaisir de découvrir que Scorpius Malefoy n'est pas un être mauvais, le plaisir de casser un peu les idées reçues concernant les maisons, les gentils et les méchants... L'intrigue est intéressante et bien menée. Albus et sa relation difficile avec son père, Albus qui a du mal à trouver sa place, lui qui est le fils de et qui doit porter ces noms si lourds. Albus qui n'a rien choisi, un peu comme son père, et qui se révolte en voulant au moins choisir une chose pour une fois dans sa vie. Intéressant quand je vois le nombre de fois où j'aurais aimé secouer Harry par les épaules pour le réveiller un peu !


L'idée d'aller sauver Cédric, l'idée qu'en interférant dans de ridicules petits évènements, on peut changer véritablement la face du monde, est très intéressante et me parle beaucoup. Combien de lecteurs se sont refait le passage horrible où Cédric se fait tuer, se disant qu'à un cheveu près, il aurait pu être sauvé... C'est plutôt bien amené, même si les jeux de temps m'agacent toujours un peu. Je pourrais sans doute écrire un article là-dessus un jour. Puis finalement, ils parviennent à leurs fins : ils humilient Cédric afin de le dissuader de continuer le Tournoi. Cédric ne gagne pas, il ne meurt pas, mais rongé par l'amertume, il se transforme en... Mangemort ! Argh ! Les fans du beau Cédric vont crier au scandale ! Et nous revoilà dans un présent totalement différent. Cédric a tué un sorcier à priori insignifiant : Neville Londubat. Sauf que tout ceux qui ont lu Harry Potter et les Reliques de la mort savent très bien à quel point Neville est capital. A quel point sous ses airs de lourdaud, Neville dissimule un courage hors norme et une pureté d'intention qui lui permettront de se saisir de l'épée de Gryffondor et de tuer Nagini, dernier dépositaire des fragments d'âme de Voldemort. Sans Neville, pas d'épée. Sans épée, Nagini reste vivant et sans la mort du serpent, Voldemort ne peut être tué par Harry.


Harry se fait donc tuer à l'âge de 17 ans, Ron et Hermione condamnés à l'exil et Ombrage de retour à la tête de Poudlard... Brrrr... Charmant. Ce passage reste intéressant. Même après la mort de Dumbledore, l'échec de sa stratégie, la mort de Harry, on s'aperçoit que Severus Rogue reste foncièrement du bon côté de l'histoire. Voilà qui va rassurer les fans de notre maître de potions détesté ! C'est là qu'on entend parler pour la première fois de l'Augurey. Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?! Pour ceux qui ont lu Les animaux fantastiques, et qui se souviennent des innombrables animaux extravagants qui y sont répertoriés (à part les acromentules et les centaures, s'entend !), on y apprend que l'Augurey, ou Phénix Irlandais, est un oiseau lugubre, ressemblant à un vautour sous-alimenté et poussant des plaintes tristes quand le temps est à la pluie. Alors là... On était resté sur l'idée du serpent pour Voldemort, avec Nagini et son aptitude à parler le Fourchelang, qu'est-ce qu'un volatile vient faire dans cette histoire ?!


C'est à la fin qu'on le découvre. La prétendue nièce d'Amos Diggory, le père de Cédric, qui voulait aider Albus et Scorpius dans leur entreprise se révèle être... ce qu'on craint le plus : la fille, la propre fille de Voldemort. Et elle a pris comme symbole l'Augurey. Très bien pensé, cela dit. Un phénix, ça renaît de ses cendres et l'Augurey a longtemps été considéré comme un oiseau de mauvaise augure, annonçant leur mort prochaine à tout ceux qui entendaient sa plainte. Cela va plutôt bien à cette héritière du Mal...
Et là, aïe !
Oui, aïe !


Il y a plusieurs choses qui m'ont déplu. Même s'il est assez excitant d'imaginer que Voldemort ait pu pondre des petits héritiers à la puissance maléfique et démoniaque, je crois malheureusement qu'envisager cette voie ne dénature totalement l'ensemble du personnage de Voldemort. Car la personnalité de Voldemort est complexe et repose sur beaucoup de choses bien particulières.


Nous apprenons dans le livre que Delphi est la fille de Voldemort et Bellatrix Lestrange. Pour le coup, ça semble logique. Et pourtant... Rappelons que Voldemort n'a jamais éprouvé le moindre sentiment amoureux ni affectif. Rappelons qu'il ignore tout de ces sentiments-là, et c'est même là-dessus qu'est basé la différence entre Harry et Voldemort conduisant le jeune garçon à la victoire finale. La thèse d'un amour entre Voldemort et Bellatrix est donc à exclure. Voldemort n'a sans doute jamais considéré Bellatrix comme autre chose qu'un gentil petit toutou bien loyal.


Alors vous me direz : il n'y a pas besoin d'amour pour concevoir un bébé, n'est-ce-pas ? Il l'a peut-être fait sciemment, en choisissant la meilleure jument pour porter son héritier et démarrer ainsi une dynastie du Mal... Pourquoi pas ? Mais là encore, il me semble que c'est ignorer à quel point Voldemort est singulier. Dans le tome 6, on s'en rend très bien compte : il n'aime pas être comme les autres. Il aime être unique et que personne ne lui ressemble. En ce sens, il me semble totalement inconcevable qu'il ait pu faire un enfant volontairement. Concevoir quelqu'un qui lui ressemblerait, à qui transmettre quelque chose, lui qui a toujours tout jalousement gardé pour lui (cf sa petite boîte de trésors volés lorsqu'il est encore dans l'orphelinat Moldu), concervoir quelqu'un qui deviendrait un jour peut-être son égal, voire qui dépasserait son pouvoir... Voilà qui semble totalement imcompatible avec la construction psychique de cette créature. Au-delà de ça, il y a son propre conflit jamais résolu avec ses parents. Il a renoncé à aimer sa mère qu'il préfère considérer comme une Cracmol, elle qui a eu la faiblesse de mourir, et il hait son père, le Moldu qui a brisé le coeur de sa mère, qu'il rend responsable de tous ses maux. On le voit mal endosser sciemment le rôle de père à son tour. De plus, engendrer pour perdurer ne semble pas être une préoccupation plausible étant donné que Voldemort a toujours eu à coeur de vaincre la mort afin d'être immortel. Il ne saurait se contenter d'une transmission de sang. Il veut vaincre la faiblesse de mourir !


Serait-ce envisageable, alors, que sans amour et sans volonté d'avoir un enfant, il ait eu des relations avec Bellatrix Lestrange afin d'assouvir ses besoins d'homme ? Là encore, ça me semble trop éloigné de l'esprit de la créature. Car, avant toute chose, Voldemort refuse d'être un homme. Il refuse d'avoir les mêmes désirs, les mêmes rêves, les mêmes buts que les hommes. Il méprise leurs faiblesses, et la chair en est une... Il me semble donc improbable que ce fut aussi simple. Un bête accident de contraception alors qu'il saute Bellatrix Lestrange entre deux combats...? Un peu fade, hein ! Et surtout, beaucoup trop... humain ! Et oui ! En envisageant le simple fait que Voldemort ait pu concevoir un enfant, on le ramène de Seigneur des Ténèbres à homme dans son plus grand dénuement. Un homme avec un sexe, avec un désir sexuel, avec une semence suffisamment normale pour rencontrer un ovule féminin et créer un enfant. Nan, hein !


Mais peut-être, alors, que Bellatrix Lestrange a jeté un sort à Voldemort pour le faire tomber amoureux, ou lui a fait boire un filtre d'amour. Idée intéressante quoique peu réaliste. Nous savons que Voldemort est particulièrement doué en légilimancie et il aurait fallu que Bellatrix le surpasse en occlumancie. Peu probable... Il aurait donc deviné aisément les intentions de son toutou, toujours aussi fébrile et incapable de se contrôler lorsqu'elle se trouve en présence de son idole.


Nous arrivons à la dernière possibilité. Dans le livre Harry Potter et l'enfant maudit, Delphi semble être encore bien jeune. De fait, elle n'a pu être conçue durant le premier règne de Voldemort, sinon, elle serait plus âgée ou de même âge que Harry et ses amis. Là, elle semble n'avoir qu'environ vingt-cinq/trente ans. Pour que ce soit jouable, il aurait fallu qu'elle soit conçue durant les trois années qui ont constitué le retour de Voldemort, depuis la fin de la Coupe de Feu (tome 4) jusqu'à la fin des Reliques de la mort (tome 7). Est-ce que Voldemort aurait été échaudé par son premier échec d'immortalité ? Lui qui avait toute confiance en ses horcruxes et en son pouvoir, se serait-il dit qu'il était toujours temps d'envisager une autre façon de perdurer et de dominer le monde ? Cela me semble encore une fois assez peu probable. Voldemort, et c'est sa faiblesse, était trop sûr de lui. Beaucoup trop. Il n'a jamais envisagé la défaite, raison pour laquelle il a perdu le combat...


Pour toutes ces raisons, l'existence même de Delphi constitue une rature dans l'oeuvre de Harry Potter. A l'image de l'épilogue d'il y a neuf ans... Et ça ne s'arrange pas quand on voit la fin du livre. Delphi se laisse vaincre très facilement et se rend pitoyable en voulant finalement "simplement connaître son père", puis en suppliant Harry de lui "ôter tout souvenir d'avoir été sa fille". On aurait presque pitié d'elle. Il est évident qu'être le fils d'Harry Potter ne doit pas être évident, mais être l'enfant de Voldemort... Toutefois, personnellement, j'aurais vraiment aimé que l'enfant de Voldemort soit un vrai méchant ! Une vraie méchante en l'occurrence et l'idée que ce fut une fille était fort bien choisi. Dommage que ça se termine si vite et de manière si... faiblarde.


J'aimerais conclure en parlant de James et Lily Potter. Non, pas les parents de Harry -- bien qu'on revoie encore leur mort à la fin du livre, ce qui devient un brin redondant -- mais bien les enfants de Harry et Ginny. J'aimerais en parler parce que le livre, lui, n'en parle pas. Et sincèrement, ils manquent dans le paysage. Il n'est clairement pas aisé d'écrire avec la même intensité sur tous les personnages et il est normal d'avoir moins à dire d'enfants qui ne cherchent pas spécialement l'aventure. Mais de là à ne rien dire ? De là à les faire apparaître sur deux lignes...? Albus est le digne héritier des aventures Potter. James et Lily, comme dans les 7 premiers tomes, sont inexistants. C'est, il faut croire, leur malédiction...  

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04 mai 2016

Quand la mort n'a pas le dernier mot

Juste avant le bonheur, d'Agnès Ledig.


Pourquoi ce livre m'a mise en colère.

Pourquoi ce livre m'a fait du bien.

Pourquoi je regrette qu'on n'en parle pas plus...

J'ai entamé ce bouquin après avoir lu, et avoir apprécié de manière très très ambigüe, le dernier livre d'Agnès Ledig : On regrettera plus tard. Je crois que je pourrais écrire un truc là-dessus aussi car j'ai adoré l'histoire, mais j'ai tellement regretté ce "retour à la vie normale" qui s'engage à la fin. Comme si la marginalité était anormale...

Bref !

Revenons à Juste avant le bonheur.
Je pensais lire une histoire "classique" de rencontres peu banales entre personnes éprouvées à leur manière par la vie, car je sais que c'est le style de l'auteur. Je tombe alors sur Julie, vingt ans, faisant un boulot de merde pour pouvoir élever son fils de trois ans. On démarre donc avec une jeune femme ayant eu un bébé à dix-sept ans, de père inconnu puisque conséquence d'une soirée trop arrosée, ayant arrêté ses études et étant obligée de se dépatouiller dans un boulot merdique, avec un supérieur pervers, pour subister.

Aïe ! Ça commence mal !

Paradoxalement, je ne parviens pas à accepter ces clichés-là. Sans doute parce qu'au-delà de ma propre histoire, et de celle de mon fils, que j'ai eu à l'âge de seize ans (sans avoir bu d'alcool et avec un homme qui a assumé jusqu'au bout et assume encore à mes côtés !), il y a l'histoire de toutes ces jeunes femmes qu'on juge, qu'on rabaisse, qu'on stigmatise et, finalement, à qui on laisse peu, si peu d'opportunités d'avoir quelque légitimité face à leur maternité un peu différente. On part tellement du principe que ce genre de chose fait partie des erreurs de jeunesse à éviter...

Mais passons.

Il y a cette rencontre avec un homme d'une cinquantaine d'années, Paul, qui a tout de suite l'air si sympathique qu'on s'y attache. La rapidité avec laquelles les deux protagonistes tissent des liens m'a parue un peu surfaite. Mais qu'importe. On dirait un conte de fée. Un voyage en Bretagne avec Paul, une rencontre avec son fils qui vit un deuil difficile et surtout, la beauté d'un sourire d'enfant face à l'immensité de l'océan. Que demander de plus ?

En fait, rien. Juste ne pas croiser la route d'un destin trop assassin.

Et voilà qu'au retour de ces vacances, l'accident, l'imprévisible, l'impensable. Le truc vraiment con. Le truc qu'on ne peut ni prévoir, ni éviter. Le truc, même, qu'on oublie si facilement quand on prend la route... C'est là que je me suis mise en colère.

Je me retrouvais propulsée en réanimation pédiatrique, dans un contexte difficile de blessures, de séquelles, d'opération, de coma et d'incertitude pour le petit garçon de trois ans qui était bien le seul dans toute cette histoire à se laisser porter par la vie sans aucune résistance. Il y a cette colère incroyable. L'envie de dire : "Hé, ça va quoi ! Si j'avais eu envie de lire un bouquin sur la réanimation pédiatrique et la mort d'un enfant, je l'aurais choisi en conséquence ! Rien dans l'intitulé, ni dans le résumé du livre ne laissait présager ÇA !! Je me sens trompée, trahie. Je n'ai pas envie de lire ça ! Je n'ai pas envie de (re)plonger là-dedans, mais alors pas du tout ! Et puis, si c'est pour nous faire le coup du gamin dans le coma pendant deux semaines, qui se réveille et tout le monde va bien, tout le monde est heureux, j'en ai encore moins envie."

Sauf que ce n'est pas un livre qui raconte ce genre de happy end. C'est un livre qui raconte comment on peut envisager une happy end en dépit de toutes les plus terribles fins qui soient. Quand le petit garçon est mort, j'ai enfin compris.

Ma colère venait de ce que ce roman n'en est pas vraiment un. Ce roman, c'est LA vie. Celle qui commence bien, ou mal, celle qu'on construit comme on peut, celle qui avance bon gré mal gré, celle qui a des projets, qui part en vacances, qui veut voir grandir les gosses... Celle, finalement, qui pense que le pire qui puisse arriver, c'est de se retrouver dans les embouteillages de ce long week-end de l'Ascension...

Mais en fait, parfois, la vie se résume à un gros boum et à un cœur qui s'arrête de battre.

Ce n'est jamais justifié. Ce n'est jamais prévisible. Ça ne tombe jamais bien. On se demande toujours pourquoi. On se dit que c'est vraiment n'importe quoi ! Et on a envie d'écrire à l'auteur que, vraiment, il aurait pu écrire autre chose, bordel ! Sauf qu'il n'y a pas d'auteur dans la vraie vie... Et qu'être en colère ne refait pas battre un cœur...

Après la mort, il y a le deuil.

Je ne me suis pas vraiment reconnue dans tout ce qui a été écrit. Mais tout de même... Il y a plein de choses qui me sont revenues en mémoire, comme des réminiscences puissantes de mon "année blanche" après la mort de ma fille. Cette putain d'année où je crois que la mort planait encore, pas trop loin de moi, comme me tendant la main gentiment. Cette putain d'année où j'ai lutté, lutté et lutté encore pour lui dire merde, tu m'auras pas ! Cette putain d'année où mes fils m'ont tirée des sables mouvants avec leurs petits sourires, leurs petits bras, et leurs grands cœurs. Et où, avec mon mari, nous avons tenté de reconstruire un peu ce qui s'était effondré.

Dans cette seconde partie, l'auteur parle de cette brisure, de cette blessure innommable qu'est la perte d'un enfant, mais que personne ne peut voir de l'extérieur. On a perdu une partie de nous-même, on est comme des amputés, sauf que ça ne se voit pas. Et parfois, c'est difficile de faire face aux gens qui ne savent pas, face à leurs remarques maladroites, face à leur naïveté qu'on leur envie malgré nous, face à leurs exigences parfois bien trop vastes...

Et puis, il y a l'espoir. L'auteur nous parle de cette autorisation à la vie. Et c'est bon. Oui, on peut perdre son enfant et se remettre debout. Oui, on peut perdre son enfant et sourire à nouveau. Avoir des projets, revivre, et même, oui même... être heureux ! Et en fait, c'est quelque chose de si peu évident, que ça fait vraiment du bien de le lire ! La philosophie de cette douleur douce-amère qui nous accompagne partout en même temps que les souvenirs et la rage de vivre, c'est celle qui m'a accompagnée et m'accompagne encore depuis cinq ans qu'elle n'est plus là. Et je suis tellement heureuse d'avoir lu quelque chose qui ressemble enfin vraiment à ce qu'on vit dans la réalité. Cette facilité révoltante avec laquelle la mort s'invite dans la vie. Cette soudaineté... Ces moments où l'on se dit : "si j'étais partie plus tôt, plus tard, si je n'étais pas partie du tout, si j'avais fait ci ou ça..."

Et puis bon... comme il s'agit d'un roman, il y a aussi ces petits messages gentillets mais ô combiens indispensables : quand Julie reçoit de Paul un chèque de 5000€ pour pouvoir faire une jolie tombe à son fils... Pour mon cœur de maman qui n'a pas les moyens de payer une stèle à 2500€ à sa petite fille, ça sonne vraiment, vraiment comme un conte de fée...

Ce livre mériterait vraiment d'être plus connu, lu, et partagé. Car il permettrait peut-être enfin de rapprocher un peu les heureux naïfs des mutilés anonymes...

 

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18 avril 2016

L'originalité du déjà-vu

Il me semble n'y avoir que des remakes dans la vie... Des choses déjà traversées, du déjà-vu, des déjà-publiés, des déjà-écrits, des déjà-inventés, des déjà-filmés, déjà-tournés, ... Des suites, des trilogies, des séries.

Un enfant qui meurt il y a 1500 ans, un enfant qui meurt aujourd'hui... Les causes ne sont peut-être pas les mêmes, mais le résultat, si.

Des gens qui s'aiment et se séparent. Des destins contraires. Des obligations, des pressions familiales ou sociales. Des droits et des devoirs.

Le même soleil ne se lève-t-il pas sur la même Terre depuis des milliards d'années, après tout ? Que pouvons-nous donc inventer que la nature n'ait pas déjà pensé ?

Est-ce au détour de ces bis repetita que se construisent les meilleures histoires, ou au contraire, n'est-ce pas la profusions de vies qui étouffent le déjà-vu, le réduisant à une vaste boucle continuelle, intemporelle, infranchissable...?

Parfois, je me demande par quel foutu miracle, chaque nouvel être qui naît sur cette pauvre planète se débrouille pour être totalement unique. En faut-il de la diversité à nos gènes fatigués, à nos gènes dépassés et maudits par des peuples détruisant leur propre nature... Et je me demande ce que telle ou telle création peut avoir d'original dans le déjà-vu... Peut-être, d'ailleurs, que le déjà-vu nous attire suffisamment pour qu'on se fiche de savoir qu'il existe. Il est rassurant. Un peu comme une odeur familière, un bout de route qu'on connaît par cœur et qu'on peut parcourir sans réfléchir.

Peut-être n'est-on pas fait pour l'extraordinaire.

La création serait alors une vaste illusion. La plus belle des supercherie de l'humanité. La réinvention continuelle de la nouveauté, pour oublier qu'on connaît déjà tout, qu'on sait déjà tout et que rien ne peut vraiment être nouveau. Pour oublier que nos découvertes, nous les piétinons au nom de l'argent, pour oublier que nos cœurs, nous les fermons au nom de la peur, pour oublier que nos talents, nous les étouffons au nom de la médiocrité accessible.

L'enfant, pour se construire, agit par mimétisme. Qu'en est-il de l'adulte qui va faire ces courses là où tout le monde va ? De celui qui rêve de la voiture de son voisin ou de la maison de son père ? De celui qui prend son pied à dire à longueur de temps "moi aussi"...? Quelle place fait-on au neuf, à l'inhabituel, à l'imprévu, à l'extra en tout genre, à l'inconnu avec un I majuscule ? Combien se sentent attirés par ces chemins-là, mais ne les prennent pas par peur des conséquences sociales...?

Ça a même un nom : la marginalité. Et de nos jours, être marginal, cela sonne comme une insulte. Alors que ça devrait sans doute être le plus beau des compliments. Car inventer, inventer vraiment, ce n'est sans doute pas donné à tout le monde !

Je regarde la lune. La même depuis des milliards d'années. Je ne sais pas si nous y sommes vraiment allés et à la limite, je m'en contrefiche. Que le premier pas ait réellement été fait ou non, ce qui compte, c'est que suffisamment de gens y croient. De fait, y retourner, même si c'est la première fois qu'on y va, serait une sorte de remake, non ?

D'ailleurs, il est étonnant de constater que chaque nouvel être qui naît sur cette terre est unique, et pourtant résolument semblable aux autres êtres de son espèce. Y aurait-il donc de l'original dans le déjà-vu ? Ou alors est-ce que le déjà-vu est nécessaire à l'original ? Car après tout, si nous étions tous totalement dissemblables, comment pourrions-nous seulement nous reconnaître et vivre ensemble ? Peut-être que le déjà-vu est la clef de voûte de notre société, de notre cohésion. L'original la menacerait alors... Le déjà-vu la resouderait...

Qu'importe en vérité. Créer un nouvel être humain, c'est lui donner un cœur qui bat, un cerveau qui fonctionne, deux jolis yeux et une bouche pour sourire, de belles dents pour croquer la vie, et ainsi de suite. Son originalité lui appartient. Peut-être que l'acte de création obéit à la même loi. Tout est semblable, tout est lié, tout est un peu "déjà-vu". Mais peut-être que chaque création a son lot d'"original" et qu'il lui appartient de l'exposer... ou non.

Ça fait quand même un drôle d'effet... quand on rencontre une sœur du destin... Je suis comme un remake de sa vie et je crains de ne pas être à la hauteur. Cette ressemblance nous lie et m'étouffe. Notre originalité propre nous divise et, dans un sens, me libère.

Et si l'originalité, c'était la liberté ?

 

Posté par Marie_Nadezda à 22:42 - Commentaires [1] - Permalien [#]

17 janvier 2016

Lettre à Marie...

Je te le dis ? Bonne année....
Dieu que je déteste ces mots !

Bonjour ma princesse. Bonjour ou bonsoir, ou bonne nuit... Je ne sais plus. Je suis fatiguée et le temps se mélange, se dissout... Je porte ta deuxième petite soeur dans mon dos. J'ai mal aux abducteurs à force de la bercer sur le ballon... J'ai mal aux trapèzes parce que j'ai mal installé mon flytai. Je suis fatiguée. Je pense à toi en ce moment. J'ai lu le blog d'une maman désenfantée qui, elle, n'a pas eu peur ou honte ou que sais-je et a publié les lettres écrites à son fils dans d'émouvants billets. Elle a beaucoup de retours. Je n'ai toujours rien fait pour toi. J'ai tenté pour mes personnages. Je n'ai eu que très très peu de retours. Je suis fatiguée. Je pense à toi car aujourd'hui, j'ai l'impression que ma plume est cassée. Qu'elle ne va nulle part. Que, comme toi, elle est née pour mourir. Peut-être ne l'ai-je pas encore dit, mais je suis fatiguée.

Pourquoi avancer ? C'était une question que je me suis posée après ta mort. Pourquoi avancer ? La réponse est toutefois vite venue. Il y avait tes frères. Ils venaient de perdre leur soeur, hors de question qu'ils perdent en plus leur maman. Ce que je n'avais pas réussi à faire pour toi - te protéger - je réussirai bien à le faire pour eux. Mais tu sais... avancer pour les autres, ça ne dure jamais qu'un temps.

Alors pour qui, pour quoi rester debout ?
Pour eux, pour elles...
Pour lui...
Pour mes parents qui me font toujours si mal
Pour la vie qui en vaut la peine
Pour le soleil qui se lève, pour la neige qui étouffe les pas et fait rire les enfants
Pour la pluie qui tombe sur le toit quand on dort
Pour le vent qui souffle
Pour l'été et ses vagues
Pour Noël et ses rires
Pour le nouvel an... comme je le hais
Pour ces gens qui me sont inconnus
Pour ceux que je rencontrerai
Pour mes fautes et mes erreurs
Pour mes plaisirs et mes joies...
Pour eux, pour elles
Pour lui...

Pour la promesse que je t'ai faite. Pour toi...

Et finalement, moi ?
Moi, je m'étais permis d'exister à travers ma plume. J'y ai mis tant de temps, de larmes, de coeur, de douleur... Tant de tout. Je n'avais jamais compris Werber qui voulait faire mourir son personnage après qu'il eût publier son premier roman. Maintenant, je le comprends. Je comprends à quel point écrire peut être douloureux. A quel point partager et ne récolter qu'indifférence peut faire souffrir. C'est étonnant. Je pensais vraiment que je préférerais qu'on se taise plutôt qu'on en dise du mal. Aujourd'hui, je crois que je préférerais vraiment qu'on me dise clairement de me la fermer ! Je crois vraiment que l'écriture est un talent maudit... Et tu sais... j'ai fait l'effort. Je suis allée à Paris, chez ta grand-mère. J'ai bu du champagne ce jour-là, j'ai souris, ce jour-là, j'ai dis "bonne année" ce jour-là... Et au moment des résolutions, j'ai dit "cette année, je serai publiée". Je pensais que ma mère réagirait. Rien... C'est ainsi... Je l'ai su le jour où ta tombe t'a engloutie : je suis destinée au néant.

Ils étaient ce que je ne pouvais être. Ils étaient un miroir. Ils m'ont accompagnée sur le chemin du deuil, ils m'ont permis de me découvrir, de m'affirmer... J'ai tant aimé les créer. J'aime encore en inventer de nouveaux, leur écrire des tas d'aventures. Mais j'ignore si j'aurais le cran de les partager. Et sans partage, j'ignore combien de temps je continuerai à écrire. Sans doute finirais-je par trouver un "vrai" travail... Car, n'est-ce pas, écrivain, ça n'a jamais été un "vrai" travail.

Oh ma puce...
L'autre jour, j'écoutais des chansons de Goldman... Comme j'aimerais avoir sa plume, ses mots si justes...
Reste l'absence, obstinément... il y a tant de mots que je n'ai compris qu'après. Ceux-là en particulier. Cette incroyable obstination de l'absence... Elle ne nous lâche plus depuis ta mort, chaque jour elle est là. C'est assez paradoxal, non ? Une absence présente... Et pourtant...

Sans drame, sans larme, pauvres et dérisoires armes... parce qu'il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur... moi qui m'étais toujours demandé pourquoi diable n'avais-je pas pleuré, hurlé, tapé du poing quand on m'a annoncé ta mort... La voilà la réponse. Ces armes là étaient tellement dérisoires. Le chaos était si violent, si vaste... insondable en vérité. Quelles larmes ? Quels cris auraient pu te ramener ? Aucun. Alors pourquoi pleurer, pourquoi hurler ?

J'écris de la même façon. Pendant cinq ans, cela m'a permis de te faire vivre, de t'aimer encore et toujours. A quel foutu moment ai-je eu tant envie de les partager ? Je pense qu'en fait, j'en avais envie depuis le début, mais je m'étais dit qu'on verrait ça plus tard, en temps et en heure. Je n'avais cependant pas envisagé les autres. Comme pour le deuil, la violence de l'indifférence me suffoque toujours autant. Mais si pour l'un j'ai appris à faire avec, pour l'autre... ah pour l'autre...

Bonjour, je m'appelle Elisabeth, écrivain raté, maman désenfantée, mère au foyer....

Posté par Marie_Nadezda à 19:00 - Commentaires [2] - Permalien [#]